CHAPITRE VI
tôt après celles de Pâques, et courut tenir son champ de mai à Duren. Ses plans étaient arrêtés, ses troupes prêtes : l'entrée en campagne eut lieu immédiatement. C'est sur les Westphaliens , épargnés dans la guerre précédente, qu'il porta les premiers coups. Un des forts de leur frontière les plus voisins de la France et les plus gênants pour elle couronnait une hauteur, à l'embouchure de la Sieg dans le Rhin, et s'appelait, pour cette raison, Siegburg ou Siegenburg (fort de la Sieg). Toute l'armée franke se porte à l'attaque de cette citadelle et la prend d'assaut. Les Saxons avaient détruit eux-mêmes l'Heresburg après leur échec de 772 : Charles en relève, chemin faisant, les retranchements et y met garnison. Enfin la vraie conquête de la Saxe, l'occupation à la manière romaine, commençait. De là, reprenant l'itinéraire de sa première invasion, il pousse jusqu'au Weser. Toutes les forces ennemies s'étaient ralliées et massées en avant du fleuve, sur la hauteur de Brunesberg, pour défendre le passage. D'un choc irrésistible, les scares frankes les enfoncent et les culbutent dans le courant. L'armée victorieuse est alors divisée en deux corps, dont l'un reste en observation à Hildebeki , avec mission de surveiller les deux rives du fleuve, pendant que l'autre s'avance sous la conduite du roi, à travers des régions encore inexplorées, jusqu'à la rivière d'Obacrum (aujourd'hui l'Ocker, dans le pays de Brunswick).
La confédération ostphalienne avait en quelque sorte le pied du vainqueur sur la gorge avant d'avoir pu remuer. Une députation de ces Saxons orientaux, appelés aussi Osterlings , fut amenée au camp de Charles par un chef de tribu, Hassio. La peuplade se rendit à discrétion, fit tous les serments qu'on voulut et livra des otages comme garantie de sa fidélité. Se rabattant alors sur la Nord-liude (la nation du Nord), Charles reçut également la soumission des Angariens. Il rencontra, dans le gau de Bukki, leur chef Bruno, accompagné des principaux de la contrée, qui lui
jurèrent à leur tour obéissance et lui remirent aussi leurs otages.
Mais les tribus westphaliennes, les plus voisines de la France et les plus accoutumées à la lutte, ne s'étaient pas encore résignées à la défaite. Leur tranquillité apparente n'était qu'un piège, où peu à peu cependant les soldats du corps de réserve se laissèrent prendre. Le pays semblait plongé dans la stupeur, et nulle part ne se manilestait le moindre symptôme de révolte. Les P'ranks s'habituèrent donc à exercer une surveillance moins active. Un soir, un de hnirs dcHarhements était allé assez loin du camp faire les fourrages pour les chevaux. Au retour, des Westphahens se mêlent à l'escorte du convoi. Ils se présentèrent, dit le poète saxon ', leur compatriote, « comme de bons camarades et fidèles alliés ». Chacun des nouveaux venus se fait ainsi un ami de rencontre, auquel il s'attache et dont il capte la confiance par toutes sortes de prévenances et de paroles obligeantes. Bientôt on fraternise. Les Saxons veulent soulager leurs compagnons de route et prennent leur part des fardeaux ; toute la troupe rentre pêle-mêle au camp avec des charges de foin vert. De tout temps, la bonhomie germanique a trouvé des dupes en deçà du Rhin. Les soldats reçurent sans défiance sous leurs tentes ceux qui les avaient si complaisamment aidés. Peutêtre leur avait -on souhaité la bienvenue dans un de ces copieux soupers en usage dans le pays. Toujours est- il que les Franks ne tardèrent pas à succomber à un pesant sommeil. Mais leurs hôtes ne s'endormirent pas; ceux-ci étaient bien de vrais Saxons, de dignes fils de la tribu des poignardeurs. Leurs vêtements couvraient le sachs toujours bien affilé dont leurs ancêtres avaient tiré leur nom. Ils se jettent sur les dormeurs et en font une horrible boucherie. Ils étaient du reste en nombre, car les troupes tout entières du camp ne purent en avoir raison. Après une mêlée générale, il fallut
< Poel. Saxon., de Gestis Caroli Magni , ap. D. Bouquet, t. V. p. 139.