CHAPITRE VI
seulement Tesprit d'indépendance, moins national que séparatiste, de quelques ducs ralliés en apparence au régime de la conquête carolingienne, non -seulement encore l'orgueil indiscipliné du métropolitain de Ravenne, avide de se créer, en opposition avec le chef de l'Église, une petite royauté théocratique dans l'exarchat , mais jusqu'aux prétentions légitimistes, si l'on peut ainsi parler, d'Adelgis, le successeur naturel de Desiderius. Ainsi, dans cette alliance d'ambitions distinctes et contradictoires, il n'y avait de commun que la haine du pape et des Franks, servie par des moyens d'action réellement inquiétants. La victoire des coalisés, rendue possible par leur entente sur le premier point du programme, ne serait devenue d'ailleurs complète, après l'expulsion des Franks et l'asservissement du saint-siége, que par une sorte de loterie sanglante , attribuant au plus fort d'entre eux l'enjeu indivisible qui était l'objet des convoitises de tous, à savoir la monarchie.
L'empire entendait, non pas servir les princes langobards, mais se servir d'eux pour troubler l'Itahe : la domination qu'il rêvait d'y restaurer c'était la sienne propre, à l'exclusion de toute autre ; son objectif n'était pas Pavie , mais Ravenne et Rome. Rothgaud, duc de Frioul, travaillait, lui aussi , avant tout pour son propre compte. Il devait révéler trop tôt son plan et périr victime de cette présomption et de son manque de discipline. Son insurrection isolée montra qu'il avait simplement prétendu s'affranchir dans son duché, et l'ériger d'abord en principauté souveraine , sauf à en reculer ensuite les limites par voie d'annexion. Pareils étaient les projets des autres ducs, tels que Reginald de Clusium et Hildebrand de Spolète. Il était évident que ce dernier, qui avait déserté la cause du royaume unitaire pour se rattacher à la fédération romaine, ne penchait maintenant vers ceux qu'il avait trahis qu'afm d'user l'un par l'autre deux corps politiques où il craignait d'être absorbé, et d'élever sur leur affaiblissement commun l'autonomie de son gouvernement
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vassal. Ce qu'il semblait difficile à première vue de concilier, ce sont les aspirations monarchiques nécessairement rivales d'Arigis et d'Adelgis. Le duc de Bénévent, aussitôt après l'abdication forcée de son beau-père, s'était posé en roi, à la façon de ceux qui avaient précédemment régné à Pavie. Il datait ses actes « du palais sacré des Langobards ». Une année de possession l'avait déjà confirmé, du moins à ses propres yeux, dans cette situation princière, lorsque son beau-frère, fugitif de Vérone, aborda enfin à Gonstantinople après une traversée probablement très -accidentée, car elle avait duré environ quatorze mois.
Léon le Khazar venait de succéder sur le trône impérial à son père Constantin Copronyme, mort le 14 septembre 77o. Ce jeune prince , revêtu du titre d'auguste dès son enfance , avait été, huit ans auparavant, le prétendant dédaigné à la main de Gisèle, sœur de Charlemagne. Mais le souvenir de ce grief n'était pas nécessaire pour lui rendre odieuse la trop puissante dynastie carolingienne. 11 accueillit donc avec le plus grand empressement l'exilé langobard. Il reconnut ses droits au gouvernement de l'Italie, même de la république romaine, en lui décernant, au nom de l'empire suzerain, les dignités de patrice et de roi ^ qui figuraient déjà dans les protocoles du défenseur de la papauté et du vainqueur de Pavie. 11 mit à sa disposilion cette éternelle flotte grecque, toujours prête depuis un demi-siècle à appareiller pour aller renverser la souveraineté pontificale, et que les rois langobards avaient si souvent attendue dans tous les ports de l'Adriatique sans jamais apercevoir ses voiles libératrices. Néanmoins on a vu , par la lettre d'Adrien , que ces frivoles promesses trouvaient encore des dupes dans la Péninsule. Adelgis berça ainsi ses alliés et lui-même, durant plusieurs mois , d'espérances aussi brillantes que chimériques , entouré des flatteries d'une cour vaniteuse et puérile, dont
' I.ebeau, Ilist. du Bas-Empire , liv. LXIV.