‹ CharlemagneChapitre 108 sur 236 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ne répondait plus à ses messages \ que peut-être ses courses à travers la Saxe l'empêchaient de recevoir. Enfm la victoire de Hildebeki et la soumission des Westphaliens vinrent clore cette longue et rude campagne.

En même temps que Charles apprenait, par la dernière lettre du pape, le plaa d'invasion gréco-langobarde arrêté pour le printemps, il fut tout à coup informé que le duc de Frioul, devançant le signal de la coalition, avait mis à profit l'éloignement du maître pour violer ses serments de fidéhté à la royauté carolingienne, et qu'il venait de se proclamer souverain indépendant du Frioul et de la Marche trévisane.

Le gouvernement que le vainqueur de Pavie avait confirmé l'année précédente au duc langobard Rothgaud était un des plus importants de l'Italie franke, puisqu'il comprenait une frontière par oi^i les tribus slaves menaçaient de déborder sur la chrétienté. Il y avait un intérêt capital à ressaisir ce boulevard de la civilisation avant qu'aucune autre complication vînt diviser les forces nationales. Charles s'élance aussitôt vers les Alpes, à la tête d'un simple détachement de ses meilleures troupes , s'arrêtant seulement pour célébrer les fêtes de Noël à Schelestadt, en Alsace. Rothgaud, vaincu et fait prisonnier, paya de sa tête son crime de haute trahison. Le duc Stabilinus, son beau-père, rallia les révoltés derrière les remparts de Trévise et y soutint un siège. Mais la population italienne préférait la domination des Franks à celle des Langobards. Un clerc, nommé Pierre , livra la place à Charlemagne , et reçut , comme prix de ce service, l'investiture de l'évêché de Verdun, dont le titulaire, Madelvée, venait de mourir-. A Pâques, l'insurrection était domptée, écrasée sur tous les points.

Charlemagne comprit le péril d'une autonomie trop com-

1 Adrian. I, papœ , Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. S54.

2 Annal. Franc, ap. D. Bouquet, I. V, p. 39 et 342.

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plète laissée au royaume langobard. Sans enlever, par mesure générale, aux ducs de cette nation le titre qu'il leur avait confirmé l'année précédente, il brisa leur autorité effective en fractionnant leurs territoires. Les duchés, divisés dès lors, comme les provinces de la Gaule, en cantons ou gaus, placés sous la présidence des comtes franks, ne furent plus que des expressions géographiques, et les seuls fonctionnaires investis de pouvoirs réels, civils ou militaires, appartinrent à la race des vainqueurs. Cette grave réforme ne s'étendit pas néanmoins au delà du Garigliano^ Charlemagne fut encore une fois rappelé au Nord par une insurrection saxonne, sans avoir pu seulement aller à Rome. Mais le terrible châtiment de Rothgaud, quoique isolé, porta ses fruits. Ni Reginald de Clusium, ni Hildebrand de Spolète, ni même Arigis , échappé encore à toute obligation de vassalité , n'osèrent lever la tête, même après le départ du roi. Il fallut près de douze ans au parti national langobard pour reprendre conscience de lui-même et se hasarder à une nouvelle tentative de révolte. Quant à l'ambitieux métropolitain de Ravenne, sa cause, dont il était le seul partisan, ne devait pas lui survivre. Il mourut l'année suivante (777), et son successeur, Gratiosus, ne songea pas à poursuivre ses revendications schismatiques.

Ayant vu Charlemagne retenu loin de leurs frontières, par delà les Alpes, même pendant ces mois d'hiver que les armées d'alors consacraient au repos et aux préparatifs d'expéditions nouvelles, les bandes saxonnes s'étaient reformées dès le printemps de 776 et avaient cru l'occasion

1 H. Léo, Geschichle von Italien, liv. III, ch. i.

XIX° SIÈCLE — ÉCOLE PHANÇAISE

« Charlemagne passe les Alpes, » d'après le tableau de Paul Delaroche (1847) conservé au musée de Versailles, et qui est ici reproduit pour la première fois.

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