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CHAPITRE VII

d'accord avec les valis de Pampelume et de quelques autres villes voisines, mettre la frontière espagnole sous le protectorat de Charles, et lui demander assistance contre toute tentative de revendication du souverain de Cordoue.

Le vainqueur des Langobards et des Saxons ne pouvait négliger une occasion aussi favorable d'intervenir dans l'ancien royaume des Goths, où l'appelaient d'ailleurs les plaintes des chrétiens, opprimés par la tyrannie de l'ommiade Abdel-Raman-ben-Mousaïa , « le plus cruel des musulmans qui eussent jusque-là gouverné l'Espagne » '.

Un traité, conclu ainsi au bord de la Lippe, recula les bornes de l'empire frank des Pyrénées jusqu'au cours de l'Ebre. Il s'agissait de prendre possession de cette conquête qui s'était livrée d'elle-même. Après un court séjour dans ses métairies austrasiennes, Charles entra en campagne au cœur même de l'hiver. Il avait eu le temps, en quelques mois à peine, d'organiser une vaste armée d'invasion dont les cadres devaient contenir les contingents de tous les Etats de l'Europe chrétienne. Depuis les bords du Danube, les plages de l'Océan, les plaines de la haute Italie, toutes les routes se trouvèrent à la fois sillonnées par les détachements en marche vers l'Aquitaine. Le roi avait pris les devants, avec sa famille et sa truste ou maison militaire. Il fit halte , pour célébrer les fêtes de Pâques, dans la villa de Cassinogilum (Chasseneuil), au conlluent du Lot et de la Garonne. C'est là que sa femme Hildegarde, dans un état de grossesse très-avancé, fixa sa résidence pour la durée de l'expédition, et qu'elle lui donna bientôt deux fils jumeaux. L'un de ces enfants, Lother, mourut au berceau; l'autre, qui reçut au baptême le nom du premier roi frank, Chlodvig {Chlodovechus, Chlovis, nom devenu, dans la prononciation adoucie du peuple roman, Louis), était destiné à recueillir un jour l'héritage paternel. Les contemporains l'appelèrent Louis le Pieux, et

i Chron. Moissiacens.

l'histoire, peut-être trop sévèrement ironi(|ue, Louis le Débonnaire.

Un premier corps de troupes, comprenant les Austrasiens, les Neustriens et les Aquitains, rejoignit Charles à Chasseneuil, et, sous son commandement, pénétra en Espagne à travers les gorges du pays vascon ou l)asque. Un second corps, composé d'un autre noyau de soldats austrasiens avec les vassaux de Germanie et de Bavière, était descendu parallèlement par le bassin de la Saône et du Rhône, ralliant, chemin faisant, les Bourguignons, les Italo-Langobards, les Provençaux et les Septimaniens, et franchit la frontière en même temps que le premier, dans la région des Pyrénées orientales'. Nul obstacle, que ceux de la nature, ne se rencontra dans ce double passage. Charles n'eut qu'à se présenter devant Pampelune pour recevoir la capitulation du vali Abou-Thor, un des conjurés de Soliman, qui lui livra aussi les places de Huesca et de Jaca. Les gouverneurs de Girone et de Barcelone, également engagés dans la conjuration, ouvrirent leurs citadelles à l'armée de Catalogne et lui remirent des otages. La jonction s'opéra sous les murs de Saragosse. « Jamais roi frank, disent les annales de Metz, n'avait commandé une pareille armée. L'Espagne entière tremblait devant ces légions innombrables. »

Jusque-là aucune résistance ne s'était manifestée dans la population étrangement mêlée de ce pays. Il semble que le conquérant n'ait pas assez pris garde de ménager l'amourpropre et les intérêts de ses nouveaux sujets. Il se hâta trop dans le travail d'assimilation de la Marche d'Espagne aux autres provinces de l'empire frank. Dans presque toutes les villes qui se soumettaient, des comtes de la truste royale remplaçaient immédiatement les gouverneurs indigènes.

Indépendamment des révoltes, faciles à prévoir, du fanatisme musulman , la conquête, ainsi entendue , devait donc

I Annal. Metlcns. nnn. 778.

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