CHAPITRE VII
Franks et de se prémunir d'une manière efficace contre le danger d'une nouvelle agression. Cependant il semble que la propagande chrétienne avait déjà porté des fruits, et que tout le zèle du chef westphalien ne réussit pas à provoquer un soulèvement général. Mais le calme de la population convertie ne fit qu'ajoutera la colère de la jeunesse qui n'avait pas voulu courber la tète devant les baptiseurs de Paderborn; et les champions de l'idolâtrie se pressèrent autour de Witikind , d'autant plus ardents à la revanche , qu'ils voyaient plus de vides dans leurs rangs.
Cette fougue, cette soif de représailles compromit dès le début leur entreprise. Moins préoccupés d'assurer utilement leur indépendance nationale que de rendre aux Franks les maux qu'ils avaient reçus d'eux, ils négligèrent les opérations méthodiques, par exemple, la reprise des forteresses d'IIeresburg et de Siegburg, pour porter immédiatement des coups d'éclat. Ils se ruèrent donc jusqu'au Rhin , mettant tout à feu et à sang dans les lieux ouverts , « sans distinction d'âge ni de sexe , de sacré ni de profane , et montrant bien ainsi, dit Eginhard , que ce qui les animait, ce n'était pas l'amour du pillage , mais le désir de la vengeance ' . »
C'est à Auxerre que Charlemagne reçut tous les détails de cette formidable incursion. Il détacha aussitôt de son armée les corps les plus intéressés à la défense du territoire envahi , les Franks orientaux et les contingents allemans. Mais les Saxons, surpris d'un si brusque retour, s'empressèrent de reculer, sans attendre la bataille. Ils battirent précipitamment en retraite par la Hesse, marquant néanmoins par d'effroyables dévastations leur passage à travers le gau de Logeneha. Déjà les moines de Fulda s'étaient enfuis de leurs couvents, emportant sur leurs épaules, pour la soustraire aux profanations de ces sauvages, la châsse de saint Boni-
1 Eginli. Annal., ann. 778.
face. Mais les scares de Tavant-garde carolingienne arrivèrent à temps pour sauver la grande métropole ecclésiastique de la Germanie. Elles atteignirent les fuyards au bord de l'Adern , affluent du Weser, en un lieu que les chroniques appellent Lihesi. Le gué de la rivière où ils se lancèrent fut ensanglanté de leurs cadavres. La poursuite et le carnage continuèrent jusqu'à Badenfeld, sur la rive droite, et ne cessèrent en quelque sorte que par le défaut de combattants. Witikind, en regagnant l'abri protecteur de ses forêts, laissait sur le champ de bataille la plupart de ses compagnons.
La saison étant avancée , Charles se contenta , pour cette campagne, d'avoir délivré ses frontières, et hiverna à Compiègne, laissant la Saxe jusqu'au printemps dans l'attente du châtiment qu'elle avait encouru.
Après le champ de mai, tenu à Duren (779), une armée considérable', conduite par le roi en personne, pénétra en WesLphalie. Witikind avait rassemblé toutes ses forces au nord de la Lippe et essaya d'arrêter la marche des Franks ; mais il se fit battre à Bokholt (dans le Zutphen). Au seul aspect du grand nombre des ennemis, les Saxons se débandèrent, tant ils avaient perdu la confiance dans le succès, tant la guerre à outrance conservait peu de partisans résolus. Witikind comprit l'inutilité de ses efforts et s'expatria de nouveau avec la petite troupe de ses fidèles. Lui parti, il ne restait plus trace d'insurrection. La Westphalie fit sa soumission sur-le-champ, et Charlemagne n'eut qu'à aller camper près du Weser, à Medofulli, pour recevoii" les otages et les serments de deux autres confédérations saxonnes. Evidemment la prise d'armes de 778 n'avait pas été spontanée , et la masse de la population, quelque part qu'elle y eiit prise, n'en était pas réellement responsable. Charlemagne le comprit si bien , qu'il ne. tira pas les conséquences rigoureuses
1 « Commoto magno exercitu. » Annal. Peluv., ann. 779.