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CHAPITRE VU

du pacte de Paderborn. La Saxe ne fut pas dénationalisée : la liberté individuelle fut laissée à tous ses habitants, avec la franche possession du sol.

Ce fut aux sources de la Lippe que l'assemblée nationale du royaume carolingien fut convoquée au mois de mai 780. Mais cette réunion n'inaugura pas, comme il arrivait d'ordinaire, une expédition militaire. Charles parcourut, moins en conquérant qu'en organisateur, les cantons pacifiés de la Saxe orientale. Non - seulement les Ostphaliens et les Angriens lui livrèrent spontanément des otages, mais beaucoup d'entre eux demandèrent le baptême. Cet exemple fut même suivi par « une multitude » de Frisons et de Slaves. Le roi s'arrêta au confluent de la Hohre et de l'Elbe, où il bâtit un burg. L'Elbe formait la limite de la Germanie. Au delà commençait la seconde zone de la barbarie, celle des peuples de race slave. Entre les Saxons et les tribus slaves les plus voisines , les conflits étaient aussi fréquents et aussi naturels qu'entre les Westphaliens et les Austrasiens. Le roi frank se constitua juge de ces querelles, dans l'intérêt de ses nouveaux sujets, et les apaisa, du moins pour un temps. Ce fut par cet acte de protection qu'il acheva de prendre possession d'un pays qui semblait se donner à lui sans arrièrepensée.

Le moment était venu de compléter et d'étendre jusqu'à cette frontière les institutions administratives et rehgieuses que la conquête franke avait pour but d'établir. Charles, disent les chroniques, « divisa la Saxe entre les abbés et les évêques pour y prêcher et y baptiser'. » Le zèle du fils de Pépin pour l'extension de la foi catholique ne fut ni le seul ni peut-être le principal motif de cette mesure. L'unité du culte n'était pas, à ses yeux, la base fondamentale d'un gouvernement. Il n'avait rien fait de tel pour arracher au mahométisme les populations musulmanes de ses provinces

t Chroniques de Moissac el du comte Niehelung.

espagnoles ; il ne cessa jamais de tolérer, au sein de ses Etats héréditaires, rexercice de la religion juive. Mais, en Saxe, l'intérêt politique lui faisait un devoir d'organiser tout d'abord une sorte d'aristocratie ecclésiastique, afin de contrebalancer et de remplacer graduellement l'influence de la noblesse indigène. En effet, à l'exemple de ce qui avait existé à l'origine chez tous les peuples germains idolâtres, les edelings saxons formaient une caste sacerdotale ^ Tel était le secret de leur domination sur le reste du peuple, et ainsi s'expliquent les soulèvements périodiques si aisément provoqués par l'edeling Witikind, et le calme définitif qui suivit la conversion de ce dernier champion de l'odinisme.

Les nobles qui avant lui reçurent le baptême ne trouvèrent qu'une compensation imparfaite à leur ancien prestige perdu dans leurs nouvelles fonctions de comtes {grafen) des cantons, que pour la plupart ils continuèrent d'administrer civilement, comme délégués du roi Charles. Car dès lors les vrais chefs du peuple, les vrais edelings de la Saxe chrétienne, ce furent de simples prêtres de l'Église romaine, titulaires de ces prélatures d'outre -Rhin transformées, presque au lendemain de leur fondation, en principautés quasi souveraines, et qui, durant dix siècles, firent la force et l'originalité de l'empire germanique. Déjà, avant l'expédition de 780, les moines de Fulda et de Hersfeld avaient bâti des églises et créé des circonscriptions religieuses, des paroisses, dans la Westphalie et l'Angrie. Charlemagne fit venir de Frise l'Anglo-Saxon Willehald pour organiser de la même manière les cantons de Wigmodie (pays de Brème)-. Telle fut la fécondité de cet apostolat, qu'en l'espace de vingt ans (780-802) les modestes sanctuaires de planches, édifiés par les premiers missionnaires, étaient devenus les églises cathédrales de huit évêchés puissants, dont les sièges portèrent les noms illustres

1 H. Léo, Geschichle von Italien, liv. I, cli. m.

2 Ozanam , la Civilinalion chrét. chez tes Francs, cli. vi.

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