CHAPITRE VII
de Mindcn, Halbersladt, Verden, Brème, Munster, Ilildesheim, Osnabruck, Paderborn.
Les insurrections saxonnes de 776 et 778 étaient venues. Tune après l'autre, interrompre les essais d'organisation administrative que Charlemagne rêvait d'accommoder au caractère et à la situation géographique des pays romans entrés les derniers dans le système général du royaume carolingien, à savoir l'Italie septentrionale et l'Aquitaine.
Cette dernière province, agrandie de la Septimanie, comprenait toute la France d'outre-Loire. Rattachée par les souvenirs de la Gaule impériale et par la nature elle-même au grand corps politique dont les frontières traditionnelles étaient les Pyrénées , les Alpes et le Rhin , à défaut de sympathie pour ses vainqueurs, l'intérêt de sa propre sûreté lui commandait de rester incorporée à la monarchie franke. L'expérience avait assez démontré son impuissance à résister par elle-même aux attaques de l'islamisme. Mais justement pour se défendre et pour couvrir en même temps la chrétienté contre les invasions arabes, il lui fallait une direction continue qu'elle ne pouvait recevoir du chef de la monarchie, presque toujours occupé sur le Rhin. L'installation de comtes franks dans la Gaule méridionale ne constituait pas à elle seule une organisation efficace. Si ces officiers étaient des exécuteurs plus sûrs et plus fermes des ordres royaux que les seigneurs du pays, l'éloignement du pouvoir central avait le double inconvénient de laisser parfois leur dévouement sans appui ou leur ambition sans contrôle. Aussi Charlemagne avait-il résolu, aussitôt après Roncevaux, d'ériger cette région en royaume et d'en déléguer le gouvernement à une autorité locale. Mais, afin de bien caractériser cette
délégation et d'empêcher les populations, encore mal accoutumées au joug, de croire à un retour de leur autonomie nationale, le roi auquel il destina la succession des Vaïfer et des Hunald fut un enfant au berceau. C'était son troisième fds, né à Chasseneuil pendant la guerre d'Espagne, et que le hasard de sa naissance avait fait Aquitain.
Le royaume assigné à cet enfant s'étendait depuis la Loire jusqu'à l'Ebre. Outre la Septimanie, il comprenait les provinces récemment occupées ou plutôt parcourues par l'armée franke dans le Nord de l'Espagne, et sur lesquelles la souveraineté prétendue par le vaincu de Roncevaux était bien moins une réahté qu'un programme à remplir. Ces provinces, toujours soumises à leurs valis sarrasins, n'en étaient pas moins dès lors comptées parmi les divisions administratives de l'empire frank, sous le nom de Marche de Gothie (Catalogne) et Marche de Vasconie ou Gascogne (Aragon et Navarre). L'Aquitaine proprement dite était partagée en quinze comtés, que l'on peut déjà désigner par les noms qu'ils gardèrent à l'époque féodale : le Poitou , le Berri , la Saintonge, l'Angoumois, le Limousin, l'Auvergne, le Velay, le Périgord, le Bordelais, l'Agenois, le Quercy, leRouergue, le Gévaudan, l'Albigeois et le Toulousain '.
Aux nécessités stratégiques se joignaient des considérations d'un ordre plus général pour faire attribuer aussi à l'Italie langobarde un gouvernement particulier. Dans le nouveau système politique de l'Europe, l'Italie devait être le boulevard de la catholicité contre les retours offensifs du Bas-Empire. A ce titre, elle ne pouvait se mouvoir en dehors de la sphère d'autorité de Charlemagne, protecteur tout à la fois de l'orthodoxie et de la paix européenne. Mais l'incorporation de la Péninsule à l'empire frank n'était ni avantageux ni réalisable. Les populations de race latine répugnaient à recevoir les ordres d'un pouvoir étranger, et
I Faiiriel, Hist. de la Gaule méridionale, t. III. ,