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CHAPITRE YII

leur concours était d'autant mieux assuré à la politique carolingienne, qu'elles resteraient soumises à l'influence immédiate du saint-siége. Quant à la contrée septentrionale, à laquelle la domination langobarde avait imprimé un caractère mitigé de germanisme dont le souvenir devait se perpétuer dans le nom de Lombardie , qui lui resta même après l'effacement complet de cette domination et que nous lui donnerons désormais, le rempart de montagnes qui l'isole du reste de l'empire la préserve comme fatalement de tomber au rang de simple province d'un empire continental. Charles l'avait compris dès le premier jour de la conquête. Les changements qu'il avait dû opérer après la conspiration des ducs n'avaient porté que sur le personnel administratif et non sur le fondement de ses rapports, comme successeur de Desiderius, avec ses sujets transalpins. Mais là , comme en Aquitaine , il fallait à la hiérarchie des fonctionnaires militaires et civils, un chef toujours présent. Aussi la division de la Lombardie en comtés franks ne formait que la première assise de son nouvel édifice politique. Le complément de cette organisation était une viceroyauté réservée au second fds de Charlemagne ; l'aîné , nommé Charles, étant destiné au gouvernement de la France héréditaire.

On a dit ingénieusement de nos jours que « décentraliser, c'est créer des centres ». Ainsi l'entendait Charlemagne en érigeant les deux royautés vassales dont on vient de parler. Loin de diviser sa puissance souveraine, il la multipliait. Il la rendait présente et toujours prête à agir sur toutes les frontières à la fois de la chrétienté.

Nulle part cette présence perpétuelle de l'œil et du bras du maître n'était aussi nécessaire qu'en Italie, où la coalition gréco -langobarde ne cessait de tenir en échec l'autorité du roi frank et celle de son aflié le pape. La haine dont la cour schismatique de Byzance poursuivait l'Éghse romaine ne se manifestait pas seulement par le séquestre ou le pillage des

domaines temporels du saint- siège enclavés dans les possessions impériales d'Italie, elle poursuivait surtout la doctrine catholique et ses ministres fidèles. En Islrie, l'évoque Maurice avait eu les yeux crevés pour le seul fait d'avoir défendu les droits temporels du saint- siège dans cette province. Des émissaires grecs étaient venus jusque sur le territoire pontifical fomenter la révolte civile et religieuse, et avaient assassiné un diacre dans la chaire même de la basilique de Ravenne '.

11 n'y avait qu'un mince profit à tenir le pape en échec ; c'était même s'exposer à des représailles aussi terribles qu'inévitables de la part du patrice frank, à moins que les coalisés ne parvinssent à lui donner le change sur la véritable situation de la Péninsule. L'entreprise n'était pas aisée; mais malheureusement elle n'était pas non plus tout à fait irréalisable. Si les Grecs s'étaient trop compromis dans ce genre de diplomatie pour avoir chance d'y réussir encore, leurs disciples, les Langobards, s'y employaient avec zèle et non sans succès. Charlemagne était si loin , et Constantinople était une si bonne école d'intrigue! On a déjà vu, quelques années auparavant, des ambassadeurs du roi accrédités auprès du saint-siége et animés à coup sûr des intentions les plus droites, se laisser duper par Ilildebrand et Arigis, au point de négliger absolument do remplir leur mission à Rome. On devine quelles impressions des agents enveloppés d'un tel réseau d'astuce et de prévenances pouvaient rapporter à leur maître. Les ducs eux-mêmes n'hésitaient pas à faire personnellement des démarches auprès du tout- puissant arbitre de leur destinée. Pareille audace avait servi au début les projets ambitieux de l'archevêque Léon de Ravenne, et l'exemple était bon à suivre. Aussi voit-on Hildebrand de Spolète venir plaider lui-même les intérêts de sa faction devant le roi, alors en

1 Adrian. I , papœ, Episl., ap. D. Bouquel, t. V, p. 539 cl 567.

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