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CHAPITRE Vil

quartier à Wirciny, peu avant la tenue du malkim de Duren, au printemps de 779 ^

Les chroniqueurs se bornent à signaler celte conférence sans en indiquer ni le but ni les résultats. Mais, étant connus le caractère et les antécédents du personnage , il est impossible de ne pas rattacher son voyage, spontané ou non, à un grave conflit dans lequel le parti gréco-langobard avait lancé contre Adrien des imputations criminelles, qui n'avaient pas laissé de porter le trouble et le doute dans l'esprit habilement circonvenu de Charlemagne.

Refroidis dans leurs rêves d'affranchissement à main armée, désespérant d'ailleurs d'obtenir gain de cause dans leurs contestations au sujet des territoires réclamés par le saint- siège, soit comme dépendances de la république romaine, soit à titre de patrimoine de l'Église, les conspirateurs avaient donc changé de tactique : tous leurs efforts tendaient maintenant à supplanter le pape dans la confiance du prince frank, en jetant l'odieux sur les actes de son gouvernement temporel. A cette fin, ils étaient allés jusqu'à l'accuser de faire la traite des esclaves chrétiens avec les corsaires musulmans.

Cet abominable trafic d'hommes existait, en effet, sur le littoral de l'Adriatique; mais c'étaient les accusateurs mêmes du souverain pontife qui s'en rendaient coupables, et l'opposition que la papauté n'avait cessé de leur faire sur ce terrain n'était pas le moindre de leurs griefs contre elle. La vente des esclaves, autorisée dans le droit des anciens Germains, avait été introduite en Italie par les conquérants Langobards^ Les conditions mêmes s'en aggravèrent chez ce peuple sans foi. C'est lui qui organisa le premier, et sur une vaste échefle , l'échange international de la denrée humaine. Le gouvernement de Pavie reconnut ce commerce.

1 Eginh. Anrial. ann. 779.

2 H. Léo, Geschichte von Ilalicn , liv. III, cli. i, § /i.

puisqu'il le réglementa : il s'en réserva, il est vrai, l'usage pour le châtiment de certains crimes. Les lois de Rotharis * font de la vente du coupable à l'étranger l'équivalent de la peine de mort. Mais le peuple, dédaignant les distinctions subtiles des juristes, et voyant d'ailleurs ses rois appliquer cette peine à tous les prisonniers de guerre, à qui on ne pouvait reprocher d'autre crime que leur infortune, s'attribua en masse ce droit régalien. Les remèdes qu'on essaya d'apporter au mal en montrent la profondeur et l'étendue. Liutprand fit une loi qui punissait de mort, comme assassin, le vendeur d'hommes. Si la loi avait été exécutée, elle eût, plus sûrement que la traite, dépeuplé les Etats du législateur; car tout le monde, jusqu'aux magistrats langobards, s'y livrait sans scrupule, mais non sans discernement. Les approvisionnements, en effet, se faisaient au dehors : on tirait de préférence les troupeaux humains des pays barbares, germaniques ou slaves, déchirés par les guerres intestines, et où les vainqueurs trouvaient tout avantage à se débarrasser à prix d'or de leurs captifs. L'ilahe romaine fournissait aussi ses contingents , surtout en jeunes enfants que des rôdeurs sinistres, ordinairement des Juifs, volaient à leurs familles pour les emmener au marché de Venise ^ L'orgueilleuse cité, future reine de l'Adriatique, inaugurait ainsi son opulence commerciale. Elle exerçait dès lors l'abominable monopole qui fit de nos jours la réputation de Siout. Elle mutilait des hommes, des chrétiens, pour le service des harems dans tous les pays musulmans. Les galères grecques et africaines venaient à l'envi charger dans ses lagunes leurs cargaisons humaines, et c'est sur l'or de ces spéculations infâmes que s'élevèrent les fortunes royales du patriciat vénitien.

< Rolhari Leges, 222, cité ap. H. Léo, Geschichte von Italien.

i Ibid. Cette ville, à proprement parler, n'existait pas encore. Nous verrons plus loin (chap. xiv) dans quelles circonstances elle fut fondée. La capitale de l'archipel vénitien était alors Malamocco.

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