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CHAPITRE Vil

La papauté avait lutté seule, mais sans autres armes que celles de la charité, contre cet odieux abus de la force. On lit dans la Vie de saint Zacharie ce trait dont les exemples ne devaient se produire que trop souvent : « En ce temps -là (747), des trafiquants vénitiens vinrent à Rome sous le prétexte d'y vendre diverses marchandises. Mais leur commerce réel consistait à embaucher des multitudes de jeunes gens, garçons et filles, qu'ils allaient ensuite vendre comme esclaves à la race païenne et musulmane des côtes d'Afrique. Le très -saint père interdit ce commerce infâme. Gomme les Vénitiens se plaignaient qu'il leur fît perdre ainsi des sommes énormes, car ils avaient des vaisseaux remplis de ces malheureuses victimes de leur cupidité, Zacharie leur paya le prix qu'ils demandèrent et délivra tous les captifs'. »

Eh bien , par une perfidie tout à fait digne de la patrie de Machiavel, ceux-là mêmes qui faisaient la traite en rejetèrent la responsabilité sur le saint- siège qui l'empêchait, et l'accusation fut si adroitement conduite qu'Adrien, l'ami du roi, crut enfin nécessaire de se justifier.

Les victoires de l'armée franke au delà des Pyrénées, si précaires qu'elles fussent au point de vue politique, avaient eu du moins l'avantage de tirer de la servitude musidmane une foule d'esclaves chrétiens, dont beaucoup étaient d'origine italienne. Cette découverte causa à Charlemagne autant de surprise que de colère. Les Langobards, qui faisaient partie de l'expédition, défendirent leurs nationaux d'avoir trempé dans un tel forfait ; c'est en cette occasion , et moins peut-être par calcul que pour se mieux disculper eux-mêmes, qu'ils insinuèrent et parvinrent à persuader dans une certaine mesure au roi que ce commerce ne pouvait se faire que dans l'Etat romain, grâce à la complicité ou tout au moins à la négligence de l'administration pontificale. Des

1 Anast. Lib. Pontifie, cité ap. Darras, Hist. générale de l'Église, t. XVII, ch. II.

représentations, dont on ignore le caractère, furent adressées à ce sujet au pape. Sa réponse prouve une fois de plus combien il avait d'ennemis ardents et habiles à le desservir à la cour carolingienne.

« Vous nous parlez, écrit-il dès 778, d'esclaves que nus Romains auraient vendus à la race infâme des Sarrasins. Jamais, Dieu le sait, nous n'avons commis ni autorisé un tel crime. Mais, de tout temps, les Langobards, qui occupent le littoral, n'ont cessé de faire ce trafic avec les corsaires grecs et d'être leurs pourvoyeurs d'esclaves. Nous avions commandé au duc Allô d'équiper plusieurs galères pour donner la chasse aux navires grecs et les brûler. Il a refusé de nous obéir; et nous n'avons nous-mème ni IloLte ni matelots à notre service. Dieu nous est témoin cependant que nous n'avons rien négligé de ce qui était en notre pouvoir pour arrêter ces pratiques criminelles. Ainsi des corsaires grecs ayant abordé à notre port de Centumcellœ (Cività-Vecchia), nous avons fait incendier leurs navires et emprisonner les équipages. Mais, lors de la dernière famine, les Langobards ont profité de la détresse générale pour augmenter encore leur commerce d'esclaves ; et l'on a même vu des familles langobardes se rendre spontanément sur les vaisseaux grecs, afin de ne pas mourir de faim...

« Votre Sublimité ne devrait ajouter aucune foi aux calomnies que l'on répand à plaisir sur notre clergé. Plus nos liens d'affection se resserrent, plus les ennemis du saintsiége s'appliquent à semer la zizanie entre vous et moi. Mais leurs efforts seront sans succès, avec l'aide de Dieu et par l'intercession de l'apôtre saint Pierre , et nous avons confiance dans la parole du Psalmiste : Disperdat Dominus universa labia dolosa et linguam maliloquam (Ps. ii, 4) '. »

L'accusation ainsi renvoyée aux Langobards ne fut pas sans doute le moindre motif du voyage — il faudrait peut-être

1 Adrian. 1 , papœ , EpisL, ap. D. Bouquet, t. V, p. 557.

XIX^ SIÈCLE — ÉCOLE FRANÇAISE

« Charlemagne reçoit la soumission de Witikind : » œuvre d'Ary Scheffer. - L'original est au musée de Versailles.

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