CHAPITRE VII
plutôt dire de la citation — de Ilildebrand à la cour du roi Charles. Si le projet de la vice-royauté d'Italie n'était pas encore arrêté à cette époque, il sortit de cette entrevue, qui fit éclater une fois de plus aux yeux du roi la fourberie de ses vassaux. Au lieu de prendre des demi -mesures provisoires, qui n'eussent fait qu'aggraver le conflit, il ajourna toute décision jusqu'au moment où les affaires de Saxe lui permettraient d'aller appliquer en personne, et sur place, le remède que réclamaient les maux de la Péninsule.
Il put accomplir ce dessein à la fin de l'automne 780. Arrivé pour Noël à Pavie, avec sa femme et ses enfants, il y passa l'hiver au milieu des soins politiques les plus graves. Il alla ensuite célébrer la fête de Pâques à Rome (15 avril 781). En cette solennité, son second et son troisième fils reçurent à la fois, des mains du pontife, le sacrement de baptême et l'onction royale. Le nouveau roi d'Italie s'était appelé jusque-là Garloman. Ce nom fut alors changé en celui de Pépin , que son glorieux aïeul avait illustré au service de rÉghse. Le cadeau de baptême offert au pape par le père des deux petits princes fut la province de la Sabine, placée dès lors sous la souveraineté directe du saint-siége^
De Rome, la famille royale se rendit à Milan, où l'archevêque baptisa Gisèle, la plus jeune des enfants du monarque, puis installa à Pavie le petit roi Pépin, âgé de cinq ans^ Louis en avait à peine trois. Il n'en prit pas moins sur-lechamp possession de ses États. Son gouverneur, Arnold, le fit porter dans son berceau jusqu'à Orléans. « Là, raconte son biographe, on le revêtit d'armes proportionnées à sa petite taille , on le hissa sur un cheval , et il fit ainsi son entrée en Aquitaine, avec la grâce de Dieu^ » 11 ne fallait, certes, rien moins que le prestige de Charlemagne pour incliner des
1 Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 561.
2 Erchempert. Cassiniens. monach. Hisloria Langobardor., ap. D. Bouquet, t. V, p. 325.
3 Astronom. Vila Ludovici Pu, ap. D. Bouquet, t. VI, p. 88.
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nations vassales, fières et encore mal domptées, devant ces trônes qui n'étaient que des berceaux.
Un singulier jeu de fortune fit qu'au moment où la chrétienté prenait tant de précautions contre l'empire grec, ces précautions parurent tout à coup devenii' inutiles, et que l'empire lui-même, par une démarche officielle, sembla ratifier sa propre déchéance en Italie. En effet, au milieu des fêtes du couronnement de Pépin , on vit arriver à Rome une ambassade byzantine, chargée de demander à Charlemagne la main de Rothrude, sa fille aînée, pour l'empereur Constantin VI Porphyrogenète.
Ce jeune prince régnait depuis quelques mois à peine et n'avait que dix ans. Les circonstances qui l'avaient porté au trône présageaient en Orient de profonds changements politiques et religieux. Son père, Léon IV, l'allié d'Adelgis, le fauteur de toutes les conspirations langobardes, avait été en même temps un iconoclaste fanatique. Un jour, il trouva deux images de dévotion dans la chambre même de sa jeune épouse Irène. Transporté d'une fureur insensée, il rompit aussitôt tout commerce avec elle, et traita comme les derniers des criminels les officiers qui avaient introduit dans le palais les images prohibées. Rasés, battus de verges, ils furent jetés dans les cachots, où l'un d'eux ne tarda pas ù expirer des suites de ce barbare suppfice. La vie de l'impératrice n'était pas en sûreté. Mais une catastrophe soudaine la délivra de son persécuteur. En assistant, le 8 septembre 780, à l'office divin dans la basifique de Sainte-Sophie, le caprice vint à Léon de faire détacher une couronne enrichie de pierres précieuses, que Maurice, un de ses prédécesseurs, avait suspendue au-dessus de l'autel. Il la plaça sur sa tète et l'emporta. A peine rentré au palais, une fièvre subite s'empara de lui. Les pointes des attaches métalliques qui retenaient les pierreries lui avaient fait au front do légères piqûres. C'en fut assez pour donner naissance à des charl)ons pestilentiels. 11 avait reçu de son père un sang