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CHAPITRE VIII

Ils n'eurent pas besoin d'aller chercher si loin la bataille ; avant même d'arriver au Weser, ils se trouvèrent en plein pays ennemi. Une soudaine recrudescence de fanatisme venait d'éclater dans les cantons abandonnés quelques semaines auparavant par le roi. De tous les points du territoire des bandes insurrectionnelles se dirigeaient à travers les grands bois sombres, au cœur de l'Angrie , vers un rendez-vous mystérieux : le mot d'ordre de ces bandes était l'extermination du christianisme, et l'homme qui avait jeté ce mot d'ordre, c'était Witikind, revenu tout à coup de Norwége. Nul doute que la démonstration presque insignifiante des Sorabes ne fût autre chose qu'une manœuvre du farouche exilé destinée à cacher sa propre entreprise et à attirer dans un piège les soldats de Charlemagne. Dans la région d'entre l'Ems et l'Elbe, et surtout dans la Wigmodie, les éghses étaient en cendres , les chrétientés dispersées , les missionnaires égorgés ou en fuite, avant même que ces soldats fussent entrés en campagne.

L'explosion hâtive de la révolte en compromit le succès. Les comtes franks firent face aussitôt à ce nouveau péril et ne s'avancèrent plus qu'avec précaution. D'ailleurs, privés des renforts saxons sur lesquels ils avaient compté, ils ne leur restait qu'un faible noyau de troupes ; mais en quelques jours une armée de secours, formée sur leurs derrières en Austrasie, rallia leur faible avant-garde ; elle avait pour chef un capitaine illustre, appartenant à la famille carolingienne et nommé Théoderic, qui prit le commandement général de l'expédition. On savait par des rapports d'espions que le camp de Witikind se trouvait au delà du Weser, sur le flanc septentrional du mont Sunthal. Les mouvements des divers corps furent combinés en vue de cerner cette position, et Théoderic, ayant amené l'armée jusque-là sans coup férir, distribua les postes entre le fleuve et la montagne aux trois autres comtes. Mais l'habileté et l'assurance du chef inspirèrent une résolution funeste à ses lieutenants, remplis à la

fois de présomption et de jalousie. Ne voulant pas se laisser frustrer par un intrus de l'honneur de la victoire, ils devancèrent ses ordres afin de gagner sans lui la bataille. Les trois palatins concertèrent leur plan avec le plus grand secret, et, avant le moment convenu, lancèrent leurs scares à bride abattue contre les retranchements des Saxons. Pour toute tactique , cet entrain furieux qui de tout temps caractérisa le premier élan des soldats de France. On eût dit que la victoire devait être le prix de la course, et qu'il ne s'agissait que de parcourir une lice ouverte ou d'atteindre un ennemi en déroute. Ce choc impétueux et désordonné vint se briser contre le front de bataille de Witikind, sans pouvoir entamer ses lignes profondes. Ce fut, au contraire, la colonne d'attaque qui se rompit en tronçons épars, donnant sur tous les points à la fois, partout repoussés et revenant toujours à la charge. Lentement cependant les Saxons se déployaient dans la plaine, et finirent par envelopper d'une muraille vivante et impénétrable cet essaim tourbillonnant de cavalerie qui ne recevait ou n'écoutait plus aucun ordre. Ce fut alors une de ces mêlées formidables , telles qu'on en trouve à chaque page de l'histoire de nos guerres nationales. Les auteurs de cette folle entreprise la rachetèrent par des prodiges d'héroïsme , et, ne pouvant échapper à la défaite, ils ne songèrent plus qu'à l'ennoblir par leur courage. Les comtes et les seigneurs se firent tuer presque jusqu'au dernier; les soldats auraient eu honte de survivre aux chefs ; il tinrent à honneur de les venger et de mourir sur leurs cadavres. Les palatins Adelgis et Geilon avaient, des premiers, lavé dans leur sang la criminelle imprudence qui avait causé cet inutile carnage ; un petit nombre seulement de leurs compagnons se résignèrent à la fuite et vinrent annoncer le désastre au camp de Théoderic'.

Après dix ans de lutte, le paganisme odinique venait de

i Eginh. Annal.; — Metlens.; Poet, Sax., ann. 782.

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