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CHAPITRE VIII

prendre sa revanche. Au nord comme au midi le prestige des armes frankes avait pâli, et Sunthal était le pendant de Roncevaux.

Théoderic put néanmoins opérer sa retraite sans encombre. Les vainqueurs, acharnés après une autre proie, ne s'occupèrent plus de lui ; c'était le christianisme national qu'ils avaient surtout à cœur de poursuivre et d'anéantir. Heureusement Gharlemagne ne leur en laissa pas le temps.

Au premier bruit de la défaite de Sunthal, il avait convoqué l'hériban, et on le vit arriver à marches forcées sur le théâtre de la guerre. Mais déjà l'armée de Witikind était dispersée , et le chef lui-même était repassé chez les Normands. Le roi ne trouva dans toute la contrée que des sujets pleins de soumission. Toutefois ni la feinte, ni même le repentir, ne pouvaient plus le désarmer. Le sang des martyrs criait vengeance. S'il n'avait pas de soldats à combattre, il avait des meurtriers à punir. Il convoqua à Verden, dans la Wigmodie, au milieu des ruines encore fumantes que la persécution avait entassées, un plaid national des chefs des cantons saxons. Il leur rappela le pacte qu'ils avaient juré à Paderborn cinq ans auparavant, en vertu duquel la trahison dont ils venaient d'être les complices ou les lâches spectateurs mettait à sa discrétion la vie et les biens de tous leurs compatriotes , et il les somma , pour sauver le reste du peuple, de lui livrer les compagnons de Witikind. Arrachés à leurs familles, traqués, poursuivis comme des bêtes fauves à travers les forêts , quatre mille cinq cents relaps furent amenés à ce tribunal de mort, que la crainte rendit inexorable. En un seul jour les quatre mille cinq cents têtes tombèrent sous la hache du bourreau. « Après quoi, ajoutent froidement les chroniques , le roi revint tranquillement hiverner à Thionville et y célébra, suivant l'usage, les fêtes de Noël et de Pâques ' . »

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Ainsi les contemporains n'ont vu dans rexécution de Verden qu'un châtiment légal et ne s'en sont pas émus. Qu'était-ce, après tout, que ces victimes? Des massacreurs incorrigibles, les champions d'une religion qui prescrivait les sacrifices humains. Condamnés, à la suite d'un procès criminel, par leurs juges nationaux , en vertu de leurs lois nationales, la sentence qui leur avait appliqué la peine des traîtres était assurément conforme au droit commun de l'époque. Sans doute; mais il ne fut jamais plus vrai de dire que la justice , poussée à un tel excès de rigueur, est le comble de l'iniquité. En dépit des formes juridiques , cette tuerie , résolue et exécutée dans un premier moment de colère , ne nous apparaît que comme une boucherie de prisonniers. Si coupables qu'ils fussent individuellement , « le nombre des condamnés devait les absoudre aux yeux de la postérité. Le massacre de Verden est resté le scandale de la vie de Charlemagne K » Hâtons -nous d'ajouter qu'il forme un douloureux contraste avec tout le reste de sa conduite politique, car jamais conquérant ne montra autant de douceur à l'égard des peuples vaincus, et ne fut aussi respectueux de leurs droits et de leurs usages : c'est lui, en effet, qu'un assemblage de vertus publiques, rare même au sein des civilisations les plus avancées , a fait proclamer par un juge compétent « le plus honnête des grands hommes- ».

La violence appelle la violence. L'exécution de Verden eut pour résultat de faire dégénérer en une guerre d'extermination l'œuvre, méthodiquement accomplie jusque-là, de l'assimilation de la Saxe aux autres Etats de la Germanie chrétienne. Il fallut trois ans pour que les missionnaires pussent relever leurs églises dévastées. Et combien d'autres ruines dans cet intervalle !

1 Ozanam, la Civilisalion chrétienne chez les Francs, ch. vi, p. 250.

2 Montalembert , Lettre (inédite) à M. Léon Gautier, sur les Épopées franchises.

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