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CHAPITRE Vlll

vers le Nord , occupant ses troupes à dévaster tout le pays. Il ne laissait derrière lui qu'une terre nue, arrachant les moissons, brûlant et rasant les villages, réduisant ainsi les habitants à se soumettre ou à mourir de faim. Un débordement du Weser, causé par l'abondance des pluies, préserva l'Angrie du fléau de l'invasion franke. Charles se rabattit par la Thuringe sur les cantons ostphaliens, qui eurent le même sort que ceux de l'Ouest et le supportèrent avec la même résignation farouche. Depuis Lippenheim jusqu'à Schahaning, dans le Derlingau, il ne trouva pas un ennemi sur sa route; mais il ne fit pas rentrer un seul Saxon dans son obéissance. La population entière se dérobait devant lui. Il revint à Worms , chargé de butin , traînant à sa suite de longues colonnes de prisonniers, partout vainqueur, maître nulle part.

Les rebelles, dont la tactique semblait être d'éviter tout combat avec leur terrible roi , essayèrent pourtant , après son départ , de reconstituer leurs forces. Le prince royal , nommé Charles comme son père et âgé seulement de douze ans, était resté sur les bords de la Lippe à la tète d'un corps d'observation. Quelques bandes westphaliennes vinrent l'attaquer ; mais ses scares , sous la conduite de capitaines expérimentés , n'eurent pas de peine à dissiper ce rassemblement, et l'adolescent rentra à son tour à Worms en triomphateur ^

Malgré la saison avancée , cette apparente résurrection de la Saxe détermina la reprise immédiate des hostilités. Pour la première fois depuis le siège de Pavie, le roi célébra la Noël dans un camp. La promptitude de ce retour déconcerta l'ennemi, et il put pousser sans coup férir jusqu'à l'Ems. Mais au delà sa marche fut arrêtée non loin du fort saxon de Dedikodroburg , placé au confluent du Weser et de la Verne. La rigueur de l'hiver rendait les chemins du

1 Annal. Fuldens., ann. 784.

Nord absolument impraticables à une armée. Cependant il ne voulut pas laisser aux Saxons le répit auquel ils étaient accoutumés. Il prit ses quartiers au milieu d'eux, à Heresburg, et y manda ses enfants avec leur belle-mère, Faîtière Fastrade, fdlc d'un comte germain, qu'il avait épousée quelques mois seulement après la mort d'IIildegarde '. Il témoignait ainsi sa résolution de ne pas quitter le pays avant de l'avoir dompté. Il commença môme la construction d'une basilique sur l'emplacement de l'irmensul ; puis , laissant sa famille dans la citadelle , sous la protection d'une bonne garnison, il organisa une campagne d'hiver sans précédent sous ce rude climat. L'armée, divisée en nombreux détachements, porta dans toutes les directions à la fois le meurtre et l'incendie. « Alors plus de feuilles qui dérobent le proscrit : les marais durcis par la glace ne le défendent plus; le soldat l'atteint isolé dans sa cabane, au foyer domestique, entre sa femme et ses enfants, comme la fauve tapie au gîte et couvant ses petits-. »

Au printemps, la Saxe, épuisée, terrassée, le pied de son vainqueur sur la gorge, était hors d'état de faire le moindre mouvement. Comme elle avait subi les exécutions militaires , elle courbe la tète , impassible , sous les lois draconiennes que lui dicte l'assemblée de Paderborn (Champ de mai de 785). Du reste, un formidable déploiement de forces lui interdisait toute velléité de résistance. Les contingents de France arrivaient en masse au quartier général du corps d'occupation. Ils se répandirent jusque dans le Bardcngau (pays de Lunebourg), et de là Charlemagne donna ses soins à la plus difficile entreprise de toute la campagne : il ouvrit des négociations avec Witikind.

Le rude partisan errait alors sur la rive septentrionale de l'Elbe , accompagné d'un de ses complices les plus compro-

1 Annal. Mellens., ann. 783.

2 Miclielet, Ilist. de France, t. 1, \k 197.

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