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CHAPITRE VIII

mis. L'âme de Witikind était ébranlée : les revers n'avaient pas affaibli son courage ; mais il commençait à douter de la justice de sa cause, Woden , incapable de défendre ses champions contre les soldats du Christ, lui apparaissait enfin , à ce signe , comme un faux dieu. Les émissaires saxons que Charles lui envoya n'eurent pas à lutter contre l'entêtement d'un fanatique : le banni , se souvenant seulement de l'exécution de Verden , se borna à réclamer des garanties pour sa personne et pour les rares amis qui lui étaient demeurés fidèles. Le roi était trop heureux de pouvoir acheter par un acte de clémence cette grande victoire morale, qui devait étouffer en Saxe le dernier ferment de discorde. D'ailleurs , il ne pouvait refuser son admiration à l'héroïque adversaire qu'il avait eu tant de mal à terrasser. Il lui accorda donc amnistie pleine et entière, et lui livra des otages franks. Witikind, une fois le traité conclu, demeura libre sur parole : il n'eut pas la honte de traverser sa patrie vaincue en suivant lui - même avec l'attitude également humiliante soit d'un transfuge, soit d'un prisonnier, le cortège du triomphateur. Il n'eut qu'à rejoindre la cour à Attigny, en compagnie d'Amaluin, officier palatin, chargé de recevoir son serment.

C'était au Dieu des chrétiens , bien plutôt qu'au roi des Franks , simple instrument des desseins de ce Dieu , que le chef westphalien s'était rendu. Sa soumission était donc une conversion , et c'est pour recevoir le baptême qu'il se présenta à Attigny. Charlemagne voulut être lui-même le parrain du glorieux néophyte, et il s'empressa de faire part de l'événement au souverain pontife et à Offa, roi de Mercie, le plus puissant des princes de l'Angleterre saxonne. La capitale de la catholicité solennisa par des cérémonies religieuses un triomphe dont la gloire revenait surtout à l'Eglise. C'est en actions de grâces de la conversion de Witikind que le pape Adrien institua , sous le nom de Litanies, le premier triduum de prières, en prescrivant à cette occasion, à toutes

les paroisses de la cbréLienLé , trois jours de processions publicpies'.

Célébré dans l'épopée française à Tégal d'un héros national , compté par certains légendaires au nombre des saints , et en même temps placé par de naïfs généalogistes en tète de notre troisième dynastie, comme aïeul de Robert le Fort, Witikind devait être un des personnages historiques les plus populaires parmi les générations du moyen âge. « Son nom resta comme ceux de Roland, d'Arthur et de tant d'autres illustres vaincus , cpie la poésie est allée ramasser sur les champs de bataille , comme pour montrer que l'imagination des peuples est généreuse et ne se range pas toujours du côté du plus fort ^ » L'orgueU des Saxons s'est plu tout particulièrement à proclamer que le déienseur de leur indépendance n'avait cédé qu'à une intervention de la Divinité. Dans les récits épiques de cette fière nation , il ne faut rien moins qu'une apparition miraculeuse du Christ pour convertir, et par conséquent pour désarmer Witikind. Ils racontent que, le jour de Pâques de l'année 785 , celui-ci s'était introduit, en habit de mendiant, dans le camp de son rival pour en étudier les dispositions, pendant que Charlemagne se faisait dire la messe sous sa tente. Il s'amusait à contempler ce spectacle nouveau pour lui , quand, au moment de l'élévation, il vit dans l'hostie consacrée la figure' d'un enfant d'une éblouissante beauté. S'étant approché avec la foule des pauvres qui venaient, selon l'usage, au sortir de l'office, recevoir l'aumône de la main du prince, le faux mendiant fut reconnu sous ses haillons. Il annonça alors le prodige dont il venait d'être le témoin , demanda à être reçu dans la communion chrétienne, et fit enjoindre à ses partisans de se soumettre comme lui ^ o Telle est la légende. On vient de voir l'histoire.

1 Darras, Hist. génér. de l'Église, t. XVII, cli. vi, p. 587.

'■i Ozanam, la Civilisation chrétienne chez les Francs, ch. vi, p. 254.

3 Grimm, Deutsche Sagen, t. II.

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