CHAPITRE VIII
à leur disposition. Il écrivit à ce sujet à l'évêque Magenfred : « La foi, comme la définit saint Augustin, est un acte de volonté et non pas de contrainte. On attire l'homme à la foi, on ne peut l'y forcer; vous pousserez les gens au baptême, vous ne leur ferez pas faire un pas vers la religion. C'est pourquoi ceux qui évangélisent les païens doivent user avec les peuples de paroles prudentes et pacifiques, car le Seigneur connaît les cœurs qu'il veut et les ouvre à l'intelligence de la vérité. Après le baptême, il faut encore des principes indulgents aux âmes faibles. Paul écrit à la jeune chrétienté de Corinthe : Je vous ai donné du lait et non du pain. Le pain est pour les hommes ; il représente ces grands préceptes qui conviennent aux âmes exercées dans la loi du Seigneur; et, comme le lait est pour l'âge tendre, ainsi l'on doit donner des lois plus douces à ces peuples ignorants qui sont dans l'enfance de la foi... Si le joug suave et le fardeau léger du Christ eussent été annoncés à ce peuple inflexible des Saxons avec autant de persévérance qu'on en a mis à exiger les dîmes et à faire exécuter toute la rigueur des dispositions de Ledit pour les moindres fautes, peut-être n'auraient-ils pas horreur du baptême. Que les propagateurs de la foi s'instruisent donc aux exemples des apôtres ; qu'ils soient des prédicateurs et non des déprédateurs, et qu'ils se confient en Celui de qui le prophète a dit : Il n'abandonna jamais ceux qui espèrent en lui ' . »
Telle était la conduite la plus conforme à la raison, même à la raison d'Etat. Charlemagne, en s'y rendant, aurait pu épargner à ses calculs politiques de prochains et cruels mécomptes.
1 Alcuin. Epist., cité ap. Ozanam , la Civilisation chrétienne chez les Francs, ch. VI, p. 258.
Durant les treize années de la guerre franko- saxonne, la Thuringe, située entre les deux nations belligérantes, sans relâche sillonnée par le passage des corps expéditionnaires et exposée encore, après chaque suspension d'armes, aux représailles de Tennemi, obligée ainsi plus que toute autre province carolingienne à de perpétuels sacrifices d'hommes et d'approvisionnements, avait presque autant souffert que les vaincus eux-mêmes. Aussi la fatigue et l'irritation étaient extrêmes chez les leudes thuringiens, et, au moment oij Witikind demanda grâce, il se tramait parmi eux une vaste conspiration dont le succès eût pu, sinon sauver l'indépendance de la Saxe , du moins prolonger longtemps encore la résistance du chef westphalien. Il ne s'agissait de rien moins que de secouer le joug de la monarchie franke, et même d'assassiner Charlemagne au cours de cette ruineuse campagne de 785. Le comte Ilartrad était à la tête du complot. La soumission de Witikind et la retraite de l'armée en deçà du Rhin le firent avorter, soit parce qu'elles supprimèrent le principal grief des conjurés, soit parce qu'elles leur enlevèrent les moyens d'exécuter leur plan. Mais le roi, informé du péril qu'il avait couru, ne pardonna pas à ses ennemis en faveur de leur impuissance. Toutefois il ne se comporta pas non plus , dans cette occasion, en justicier implacable et pressé de vengeance comme au plaid de Verden. Peut-être la conspiration était-elle trop redoutable pour être abordée de front; peut-être les preuves n'étaient -elles pas suffisantes pour convaincre les coupables et assurer leur châtiment. Quoi qu'il en soit, ce crime de haute trahison ne fut introduit qu'incidemment en justice, dans une affaire de minime importance en elle-même, mais qui avait précisément l'avantage de prédisposer les juges franks à la sévérité vis-à-vis