CHAPITRE VIII
des accusés. Un des grands de Thuringe, ayant fiancé sa fille « selon la loi des Franks » à un Austrasien, refusa de conclure le mariage. Charles le somma, mais inutilement, de tenir sa promesse, et les Austrasiens indignés, considérant comme une question d'honneur national cette injure faite à un des leurs, envahirent, les armes à la main, le pays de l'offenseur. Celui-ci et ses partisans, incapables de soutenir la lutte dans ces conditions, n'eurent d'autre ressource que de chercher asile dans la basilique de Fulda, et de solliciter, par l'intermédiaire de l'abbé, une procédure légale sur le litige. Charles leur accorda le sauf- conduit dont ils avaient besoin , et les assigna à comparaître au plaid convoqué à Worms pour le mois d'août 786. Ils y vinrent sans défiance, comptant n'avoir à répondre que sur une de ces querelles privées que la législation d'alors résolvait toujours par une amende. Mais, au cours des débats, le roi les amena à fournir des explications sur le complot de l'année précédente. Pris ainsi à l'improviste, ils n'eurent pas le moyen de concerter leur défense. La vérité se fit jour. On prétend même que l'un d'eux aurait fait cette audacieuse déclaration : « Si mes collègues et mes compagnons m'avaient écouté, tu n'eusses jamais repassé vivant le fleuve du Rhin. « La conduite de Charles vis-à-vis des coupables est bien difficile à comprendre. Les annalistes le louent d'avoir fait preuve en cette occasion d'une sagesse et d'une modération sans exemple, et ils racontent qu'il envoya les Thuringiens par groupes, sous la conduite d'officiers palatins, vers les sanctuaires les plus renommés de l'Italie, de la Neustrie et de l'Aquitaine, afin d'y jurer, sur les rehques des saints, fidélité au monarque et à ses enfants. Puis ils ajoutent, sans chercher à justifier, et sans blâmer non plus cette tardive sévérité, qu'au retour les pèlerins furent les uns arrêtés en route et jetés en prison, les autres, à leur rentrée à Worms, condamnés à un exil perpétuel; que tous eurent les yeux crevés; que trois d'entre eux, ayant
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essayé de résister, furent mis à mort , et que les biens de tous furent confisqués ^ On ne saurait soupçonner Charlemagne d'avoir traîtreusement, à Tavance, médité un pareil guetapens, il était assez puissant pour donner cours à ses colères. Donc, en imposant à ses ennemis désarmés un pèlerinage expiatoire, il n'avait évidemment aucune arrière-pensée perfide. Les contemporains n'hésitèrent pas à attribuer à la reine Fastrade l'inspiration de ces mesures odieuses. Ce cas, du resté, ne fut pas le seul où, par son influence fatale sur son mari, cette femme devait se montrer trop digne de son nom, qui, dans les idiomes germaniques, signifiait « rigoureux conseil » {[est rath).
Avant le jugement des Thuringiens, Charles avait eu à faire rentrer dans le devoir d'autres vassaux rebelles. C'étaient les Bretons de la péninsule armoricaine. Ce peuple, rejeté des îles océaniques par l'invasion anglo-saxonne, n'avait jamais été réellement incorporé à la monarchie franke. Les rois mérovingiens l'avaient simplement assujetti à un tribut annuel. Il prétendit s'affranchir, et choisit pour le faire un moment bien défavorable. Son insurrection éclata juste au moment où la cessation de la guerre de Saxe laissait à Charles la disposition de toutes ses troupes. Le sénéchal Audulf, à la tête de quelques scares, vint aisément à bout de cette manifestation sans consistance. Les Bretons durent non-seulement se soumettre au tribut, mais reconnaître en toutes choses la souveraineté du roi frank. Audulf amena à Worms, au mois d'août 78G et pendant la tenue du plaid, les otages livrés par les vaincus, au nombre desquels figuraient les principaux chefs de la contrée -.
Ainsi se raffermissaient les frontières du royaume carolingien. Au delà même des Pyrénées, sans que le désastre de Roncevaux eût été réparé par les armes, l'influence franke
1 Annal. Nazarian., ann. 785.
2 Eginh. Annal., ann. 786.
XIX" SIÈCLE — ÉCOLE FRANÇAISE
(I Le bienheureux Charlemagne , » d'après les fresques d'Hippolyte Flandin à l'église Saint-Vincent-de-Paul, à Paris.
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