CHAPITRE VIII
se rétablissait d'elle-même, grâce au prestige des victoires remportées dans le Nord. Aussitôt après la fin de la guerre saxonne, les gouverneurs de Girone et d'Urgel, dans la Marche d'Espagne, avaient de nouveau sollicité le protectorat de Charlemagne, et s'étaient placés sous sa suzeraineté ^
Maintenant enfin le roi pouvait donner tous ses soins à l'affermissement de sa domination, toujours indécise dans les duchés de Bénévent et de Bavière.
L'alliance d'Arigis avec l'empire était alors bien relâchée, sinon tout à fait rompue: on le voit, en 786, en guerre ouverte avec les Amalfîtains, sujets grecs du duché de Naples, Cette circonstance, dont il fut informé par une lettre du pape^, ne fut sans doute pas étrangère au projet, que Charlemagne réalisa à la suite de l'assemblée de Worms, de passer en Italie. Il franchit les Alpes vers la fin de l'automne, s'arrêta à Florence durant les fêtes de Noël, puis se dirigea sur Rome, oii il ne séjourna que le temps nécessaire pour se concerter avec Adrien. Entrant résolument en campagne, au cœur même de l'hiver, il pénétra en force sur le territoire de son vassal insoumis, et il vint prendre ses quartiers à Capoue. Au premier bruit de son approche, Arigis s'était hâté de faire la paix avec les Napolitains. Mais il n'osa pas mettre en ligne sa petite armée ducale en face des soldats franks. Au lieu de combattants, ce fut une ambassade qu'il envoya au-devant de Charlemagne. Malheureusement le chef de cette ambassade, Romuald, fils aîné du duc, n'apportait que des présents et de vagues déclarations à l'endroit des sentiments de son père ; il n'avait pas de pouvoirs pour conclure une convention sérieuse. Charles, de son côté, n'était pas disposé à se contenter de paroles ; il lui fallait des engagements catégoriques appuyés de solides garanties. Ro-
' Chron. Moissiac, ap. D. Bouquet, t. Y, p. 71. 2 Adrian. I , papa', Epist., ibid., p. 569.
muald, dont la mission lui parut plus que suspecte et dans tous les cas absolument inutile, se vit retenu au quartier royal, jusqu'à ce qu'Arigis eût fourni des témoignages plus explicites de ses résolutions. Les demandes signifiées à ce dernier étaient d'ailleurs parfaitement nettes. Il lui était enjoint de reconnaître la souveraineté directe et immédiate du roi frank Pépin, de restituer au saint-siége les patrimoines de l'Eglise enclavés dans le duché de Bénévent et qu'il avait soustraits à l'administration pontificale j enfin do fournir bonne caution de sa conduite à venir. En cas de refus, la province de Bénévent devait être traitée en pays conquis, et son duc en vassal rebelle. Le sort de Bothgaud donnait à une telle menace une signification aussi sinistre que précise. Il n'en fallait pas tant pour abattre l'orgueil du gendre de Desiderius. Déjà, ne se sentant plus en sûreté dans sa capitale, il avait déserté « le palais sacré des Langobards », où, depuis douze ans, il prétendait avoir relevé le siège libre de la monarchie d'Alboin. Ce fut dans le port de Salerne que, fugitif et prêt à s'en aller par mer partager la fortune de son beau -frère Adelgis, il reçut l'ultimatum du véritable maître de cette monarchie. Trop heureux do sauver sa dignité au prix même de sa puissance effective , il ratifia d'avance toutes les conditions qui lui seraient imposées et chargea son second fils, Grimoald, avec les évêques de Salerne et de Bénévent, d'apporter cette humble réponse à Capoue. Le jeune négociateur, en vertu do ses pleins pouvoirs, opéra la remise des cités de Sera, Arce, Aquino, Arpino, Trano et Capoue, qui furent réunies aux Etats pontificaux, et souscrivit la promesse d'une redevance annuelle de sept mille sous d'or (environ six cent trente mille francs de notre monnaie actuefie). Des délégués royaux allèrent aussitôt recevoir le serment de fidéHté du duc et de tous les sujets bénéventins, et Arigis leur livra douze otages nouveaux, parmi lesquels figurait l'auteur même du traité, le jeune Grimoald. Charles, en échange du cadet, remit