CHAPITRE YTII
Romuald en liberté, et regagna Rome, où il célébra les fêtes de Pâques (787)'.
Le coup frappé à Bénévent ne tranchait qu'à moitié le nœud gordien, si savamment compliqué, des vieilles intrigues langobardes. Indépendamment de la cour de Byzance, où le traité de Capoue imprima à la politique une direction qui sera examinée plus loin, cet événement devait produire en Bavière un contre-coup immédiat et décisif.
Rien jusqu'ici n'avait pu détacher le prince agilulfing de la cause des Germains d'Italie. Les traditions séculaires de sa race, consacrées et ravivées par son mariage avec une des filles de Desiderius, étaient plus fortes que les velléités de soumission ou les terreurs passagères qui de loin en loin l'avaient ramené aux pieds du monarque frank. Sous ce rapport, la démarche de 781 n'avait pas eu plus de sincérité, ou du moins des conséquences plus durables , que toutes les précédentes. Cinq ans après , il affectait de nouveau les allures d'un souverain indépendant, et dans une circonstance des plus compromettantes. Ayant eu une contestation de limites avec un comte frank du Tyrol , vers les sources de l'Adige , au lieu d'en référer au jugement de leur suzerain commun , le duc des Baivares fit de lui-même la guerre à son voisin. Or, soit calcul, soit coïncidence fortuite, son attaque contre le royaume carolingien d'Italie eut lieu dans le temps même où Charlemagne entreprenait de faire rentrer Bénévent dans le devoir. Le mouvement parut concerté entre les deux beauxfrères , et rien d'ailleurs n'est plus naturel à supposer qu'un pareil accord quand on considère le passé de Tassilon. Quoi qu'il en soit , après la défaite d'Arigis , il comprit que l'orage allait fondre sur lui , et , selon son habitude , il recourut à l'intervention du clergé pour obtenir le pardon du roi qu'il avait si souvent offensé. Heureusement pour lui, ses défections périodiques et les vaines tentatives de sa diploma-
1 Eginh. Annal., ann. 787.
lie n'avaient jamais entravé cFune façon sérieuse la politique carolingienne. Celte démonstration de son impuissance, en dépit de ses infidélités avérées, lui rendait encore assez faciles les voies du raccommodement. Le pape Adrien, dont, pour la seconde fois, il invoqua l'appui, ne le lui refusa pas, et s'efforça de préparer l'esprit de Charlemagne à la miséricorde. Une ambassade bavaroise arriva à Rome pendant que le roi frank y séjournait encore, à la suite de sa campagne de Capoue. Mais les envoyés du duc, l'évêque de Salzburg et un abbé nommé Heinrich , dont on ignore le siège , avec lesquels le pontife, muni des pleins pouvoirs de Charles, essaya de régler à l'amiable les conditions de la paix, n'avaient pas d'instructions qui leur permissent de profiter de ces dispositions favorables. Leur mission, au fond, était un pur moyen dilatoire ; Tassilon réclamait le pardon du passé sans vouloir engager l'avenir. Aux questions nettes et catégoriques de l'auguste plénipotentiaire de Charles, les négociateurs baïvares ne purent rien dire, sinon qu'ils étaient seulement chargés de reporter à leur maître la réponse du roi et celle du pontife. C'était l'accusé qui prétendait faire l'interrogatoire de ses juges! Grande fut findignation d'Adrien, d'être ainsi pris pour dupe. 11 menaça Tassilon de l'anathème s'il ne tenait ses serments antérieurs, déclarant que, dans ce cas , le roi et son armée , provoqués à la guerre , ne seraient coupables d'aucun péché pour les homicides, les incendies et les autres maux qui arriveraient en Bavière '. — Fleurysignale là le premier exemple d'une déclaration solennelle émanée du saint -siège sur ce grand principe des responsabilités de la guerre, qui, privé de sanction aujourd'hui plus que jamais, se trouve, au bout de dix siècles, non moins méconnu , non moins faussé dans l'intelligence du peuple , qu'à l'époque la plus barbare de notre histoire.
i Loisel. Annal., anii. 787.
- Hist. ccdésiasl., loine IX, liv. XLIV, p. 5(i9.