CHAPITRE VIII
Charles, rentré dans ses Etats, attendit vainement à Worms son vassal récalcitrant, qu'il y avait mandé. L'assemblée convoquée en cette ville pour recevoir la soumission de Tassilon se termina par une déclaration de guerre contre le rebelle (Champ de mai 787).
L'expédition, dont Charlemagne avait prévu la nécessité, était déjà tout organisée. Elle commença sur-le-champ avec un déploiement de forces considérable. Trois corps d'invasion se mirent en marche en même temps. Pépin, avec se*s Italo-Franks, reçut l'ordre de son père de s'acheminer par la vallée de l'Adige, afin de forcer, sur la rivière d'Ens, la frontière méridionale de la Bavière. Une seconde armée, composée des Franks orientaux, des Thuringiens et des Saxons, était destinée à opérer dans le nord et vint prendre ses positions à Pferinga (aujourd'hui Pforingen), près du Danube. Enfin Charlemagne lui-même, à la tête des Neustriens, des Bourguignons et des Aquitains, traversa l'Allemanie, dont, chemin faisant, il rallia les milices, et parut bientôt devant Augsburg, clef de la frontière orientale.
Tassilon, de son côté, n'avait pas négligé les préparatifs de défense. Poussé à un parti extrême, sans doute par les implacables ressentiments de sa femme , il n'avait pas reculé devant les menées les plus criminelles pour relever sa forlune et, du même coup, réaliser ce rêve chimérique de toute sa vie, qui consistait à chasser les Franks de l'Italie et de la Germanie. Les alliés sur lesquels il comptait, dont il avait peut-être sollicité le concours dans le temps même qu'il feignait de se rapprocher du roi, ce n'étaient pas seulement les Grecs , mais bien aussi des peuples barbares et païens , dont les hordes ne cherchaient qu'une occasion de déborder sur la chrétienté : les Huns-Avares et les Slaves. Telle était l'importante négociation qui l'occupait pendant que Charlemagne, à Worms, n'attendait de lui qu'une simple prestation de serment pour lui confirmer l'intégrité de son territoire et une situation de vassal égale en autorité et en prestige à celle
des deux princes royaux investis du gouvernement direct de l'Italie et de l'Aquitaine.
Mais la prompte irruption des Franks le surprit : ses auxiliaires n'étaient pas prêts. Les Grecs d'ailleurs, on le sait, ne l'étaient jamais dès qu'il s'agissait de combattre ; quant aux Iluns et aux Avares, il n'était pas facile de former une coalition sérieuse de leurs bandes indisciplinées. Mal soutenu, même par ses propres sujets de race baïvare, chrétiens zélés et que l'appel fait par leur chef aux païens avait épouvantés comme un sacrilège, Tassilon se trouva une fois de plus obligé de se rendre à merci et de solliciter le pardon de Charlemagne. Il se présenta, comme un suppliant, au camp d'Augsburg, et accomplit la cérémonie symbolique du vasselage, en offrant au souverain un bûlon dont l'extrémité sculptée avait la forme humaine et que le roi lui remit ensuite entre les mains. Cela fait, il demeura libre sur parole jusqu'au Champ de mai suivant, où il promit d'apporter son serment solennel de fidélité et celui de tout son peuple'. En garantie de cet engagement, son fils Théodon fut retenu seul en otage. Au demeurant, l'inaction de ses alliés lui avait été plus avantageuse que n'eût pu l'être leur concours le plus empressé. Charlemagne, en effet, se retira aussitôt, sans soupçonner, ou du moins en feignant d'ignorer, les relations compromettantes du prince agilulfing.
Rassuré de ce côté, désespérant aussi, sans doute, de réussir dans une lutte ouverte contre les forces réunies de l'empire frank, il se résigna à comparaître devant le mallum national rassemblé à Ingelheim au printemps de 788. Mais là ses leudes eux-mêmes témoignèrent contre lui et fournirent les preuves irrécusables de ses intrigues avec les ennemis du nom chrétien. Accablé par ces révélations imprévues , il n'essaya pas même de se défendre : il fit des aveux complets, d'ailleurs tout à fait superflus. Convaincu du crime
I Etrinh. Annal.; ann. 787.