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CHAPITRE VIII

de haute trahison , que les codes barbares appelaient herisliz, l'assemblée le condamna à mort ^ Mais le roi, en considération de leur parenté, lui fit grâce de la vie. L'intérêt absolu des nations civilisées lui interdisait pourtant de laisser aucun pouvoir et même la liberté à un conspirateur aussi opiniâtre. Sa peine fut celle de toutes les grandes victimes des révolutions politiques dans ces âges de foi : il fut relégué dans un monastère. Mais ce descendant d'une des plus vieilles dynasties de la Germanie ne subit pas, comme tant de Mérovingiens, l'humiliation de perdre, avec le rang suprême, la longue chevelure qui marquait la noblesse de son extraction. 11 ne fut pas tondu, mais seulement tonsuré dans l'abbaye de Saint-Nazaire (sur le Pdiin), où il reçut l'habit monastique, pour être ensuite envoyé au fond de la Neustrie, à Jumiéges. Pareille sentence frappa indistinctement tous les membres de la famille ducale. Non-seulement la femme de Tassilon, Liudberge, l'intrigante langobarde, cause immédiate de la catastrophe, et son fils aîné, Théodon, comphce des manœuvres de son père, et d'ailleurs son otage responsable, mais encore ses neuf autres enfants, dont l'histoire n'a pas même enregistré les noms et dont le seul crime était de perpétuer une race proscrite, ne purent sauver leur vie qu'en prenant le froc ou le voile. Le repos du monde exigeait qu'ils s'éteignissent dans l'obscurité. Le chef de la famille, Tassilon, est le seul que les historiens ne perdent pas absolument de vue dans sa retraite. Ils semblent insinuer qu'il prit aisément son parti de sa déchéance : il vécut dans le cloître « aussi pieusement qu'il y était entré de bon cœur », dit, en forme de conclusion, l'annaliste Angilbert-. Encore le vague de ces termes corrélatifs laisse-t-il place, au fond, à toutes les hypothèses sur la nature des sentiments qu'une

1 Eginh. Annal., ann. 788.

2 C'est l'auteur des annales attribuées jusqu'à ces derniers temps à Eginliard. On les a indiquées dans les notes de cet ouvrage sous ce nom, que leur donne encore la dernière édition de D. Bouquet (t. V).

cliLiLo aussi profonde mil au cœur du dernier des Agilulfing's.

Ainsi tomba, devant l'inéluctable prépondérance des Franks, la dernière des libres dynasties germaniques. Depuis que l'Église, en l'adoptant pour sa fille aînée, l'avait placée à la tête de la civilisation européenne, la jeune monarchie fondée par Glovis avait, en l'espace de deux siècles, subjugué, dompté, dénationalisé tous les peuples de la grande famille teulonique. Allemans, Burgondes, Thuringiens, Wisigolhs d'Aquitaine, Langobards, Saxons étaient venus tour à tour se fondre dans la grande unité de l'empire catholique des Franks. Les Baïvares eurent le même sort ; ils perdirent cette fois, pour jamais, les derniers vestiges de leur autonomie. Leur pays, la Bavière, qui s'étendait alors depuis le cours du Lech jusqu'à celui de l'Eus et comprenait une partie du moderne archiduché d'Autriche, fut, comme toutes les autres conquêtes carolingiennes, partagé en comtés et réduit au rong de simple division administrative du royaume.

Charlemagne, en vingt ans de règne, avait enfin achevé cette constitution politique de la chrétienté, qui était la mission particulière de sa race. 11 avait étendu sa domination et organisé un système de gouvernement uniforme sur toutes les contrées de langue romane et de langue tudesque. L'Elbe et le Danube formaient vers le nord la limite naturelle de son empire. Cette limite , il est vrai , ne laissait pas de présenter, au point de vue ethnographique, des irrégularités dont l'avenir démontrera bientôt le péril. D'abord il restait encore au delà de l'Elbe, entre l'embouchure du fleuve et les côtes de la Baltique, quelques tribus saxonnes, échappées, grâce à cette situation, à la conquête. Les îles danoises et Scandinaves étaient aussi peuplées de Germains. Cette population maritime, désignée par les autres Germains sous la vague dénomination de Confédération des hommes du Nord ou Normands, était hors d'état de faire aucune entre-

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