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CHAPITRE VIII

prise continentale et n'inspirait pas d'inquiétude à Charles. Mais les libres espaces de l'Océan lui étaient ouverts ; elle y avait déjà lancé ses flottilles de hardis navigateurs, qui, dès cette année (788), commencèrent à exercer leurs déprédations sur les côtes anglaises. La France, à son tour, devait les connaître, et du vivant même de Charlemagne. Le grand roi ne se doutait pas, alors qu'il était à l'apogée de sa puissance, que cette poignée de pirates, qu'il avait dédaigné de vaincre, renverserait un jour sa dynastie. 11 en eut bientôt, il est vrai, le pressentiment. Mais déjà le mal avait fait de tels progrès que le remède était impossible, et l'on verra la pensée de cette irréparable erreur, dont nul autre ne comprenait comme lui la gravité, assombrir la vieillesse du clairvoyant monarque.

Le reste de la rive droite de l'Elbe, depuis le Holstein jusqu'à la Bohême, longeait des tribus slaves qui , n'ayant pas à craindre pour leur indépendance du côté du royaume chrétien, songeaient moins à l'attaquer qu'à se ménager son appui dans leurs dissensions intestines. Au contraire, entre les sources de l'Elbe et le cours du Danube, de même qu'au sud de ce dernier fleuve, la frontière, ouverte du côté de la Pannonie, était bordée par d'autres peuplades slaves et tartares dont les dispositions n'étaient rien moins que rassurantes. La perfidie de Tassilon, qui avait suggéré des plans d'invasion à ces dangereux voisins, nécessitait sur ce point la plus active surveillance.

Mais la frontière la plus vulnérable et qui réclamait des secours immédiats, c'était le duché de Bénévent, confié à la garde d'Arigis, dont les menées venaient justement de déterminer une rupture entre Charlemagne et le gouvernement impérial.

L'alliance franke, recherchée en 781, rentrait mal dans le système général et traditionnel de la politique byzantine. Aussi cette combinaison, essayée par l'impératrice Irène dans un intérêt tout personnel, devait être aisément sacrifiée à un intérêt contraire, et c'est ce qui arriva en 787. Néanmoins le rapprochement passager qu'elle opéra entre l'Orient et l'Occident eut un résultat considérable au point de vue de l'union religieuse des deux mondes : ce fut la tenue à Nicée du septième concile œcuménique, convoqué par Irène et son fils, sous les auspices du saint- siège. Le but de cette assemblée fut la condamnation de l'erreur iconoclaste. L'orthodoxie de l'impératrice et surtout le zèle d'un prélat pieux , élevé en 784 au siège patriarcal de Constantinople, avaient en peu de temps amené tous les esprits à souhaiter le retour de l'Eghsc nationale schismatique à la communion romaine. Élu patriarche par les suffrages unanimes de la cour et du peuple, Taraise mit cette condition expresse à son acceptation. S'adressant à la foule qui acclamait son nom : « Chrétiens, dit-il, écoutez un homme que vous ne désirez pour patriarche que parce que vous ne le connaissez pas... Nous vivons dans un temps d'orage; vous avez besoin d'un pilote expérimenté pour gouverner cette Église. L'héritage de Jésus -Christ est déplorablement agité. Tout est chrétien , tout professe la même foi ; les eaux du baptême coulent sans obstacle et couvrent toute la terre, depuis l'Euphrate jusqu'aux extrémités de l'Occident ; mais, dans cette unité de profession , que de contrariétés , que de voix discordantes! L'Occident anathémalise l'Orient; l'Orient même est partagé. Combien d'Églises ne sont-elles pas séparées de celle de Constantinople ! A ces maux il n"y a qu'un remède ; je le demande à nos très-pieux empereurs

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