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CHAPITRE VIII

(Constanliii et Irène, qui gouvernaient ensemble), et je présume assez de votre piété pour croire que vous le demandez tous avec moi. Un concile universel est le seul lien qui puisse rejoindre le christianisme divisé. Pour moi, j'ai tant de confiance dans cette réunion de lumières, que je me flatte qu'elles suppléeraient à la faiblesse des miennes ; je puiserais à cette source abondante les vertus qui me manquent ; et dans cette espérance , si nos princes veulent ordonner la célébration d'un concile, j'accepte la dignité dont vous m'honorez. Autrement, souffrez, mes frères, que je ne m'expose pas à paraître un jour couvert d'anathème et déjà condamné devant ce juge terrible des mains duquel ni la puissance des empereurs, ni tous les peuples de la terre, ne pourraient me délivrer'. »

Un cri général s'éleva pour demander la convocation du concile, et Irène s'empressa d'y acquiescer.

Au commencement de l'année 7813 , le pape Adrien reçut, avec les lettres synodales et la profession de foi du nouveau patriarche, un message impérial pour lui demander de présider, en qualité de chef suprême du sacerdoce, l'assemblée générale des pasteurs de l'Eglise. Constantinople avait donné tant de preuves de sa versatilité religieuse et de sa malveillance à l'égard du saint-siége, qu'Adrien ne crut pas devoir s'y rendre en personne. Mais il applaudit au projet de concile et accrédita deux légats pour l'y représenter. Dans le bref adressé à cette occasion aux princes d'Orient ( 26 octobre 785), il n'hésite pas à signaler la grande révolution accomplie en Europe par le fait et au détriment de l'empire grec ; il montre la royauté franke investie maintenant de la mission civilisatrice de l'ancien empire, négligée par les successeurs du grand Constantin. En traçant à Irène et à son fils la conduite qu'il leur convient de tenir vis-à-vis du saint-siége injustement spolié par les iconoclastes, l'exemple

1 Lebeau, Ilisl. du Bas- Empire, liv. LXVI , g 7.

qu'il les engage à imiter, c'est celui de Gharlemagne. « Lui, écrit-il, en suivant nos conseils et en se conformant à nos désirs, a soumis à sa puissance toutes les nations barbares de l'Occident. Il a donné à TEglise romaine, à perpétuité, des provinces, des villes, des châteaux et des patrimoines qui étaient détenus par les Langobards, quoique appartenant de droit à saint Pierre, et il ne cesse pas de lui offrir tous les jours des sommes d'or et d'argent pour l'entretien du luminaire et pour la nourriture des pauvres ^ »

Le concile, ouvert le 17 août 786 à Gonstantinople, ne put siéger. Une émeute militaire l'en chassa. L'armée seule tenait encore pour la doctrine iconoclaste ; mais son attachement était aussi passionné que peu désintéressé. La soldatesque de Copronyme et de Léon le Kliasar, habituée depuis longtemps, dans les expéditions de guerre, à grossir son butin des images et des ornements précieux des églises, fondait ses préférences théologiques sur un simple calcul de cupidité. Son hostilité n'était que plus dangereuse dans un Etat où la religion suivait si docilement les fluctuations do la politique et uù la politique était le plus souvent à la merci des gens de guerre. Irène eut l'habileté de conjurer le péril, en éloignant les troupes sous de vains i)rétextes de service aux frontières. Une ibis dispersés, les détachements de ces turbulents théologiens furent licenciés. Mais il fallut plus d'un an pour rétablir l'accord gravement conq)roniis dans cette échauffourée, et ce fut seulement le 24 septembre 787 que les Pères se réunirent de nouveau, non plus au milieu des agitations de la capitale, mais à Nicée, ville de l'Asie Mineure, déjà célèbre par la tenue du premier concile œcuménique. Leurs travaux occupèrent sept séances, et se terminèrent le 13 octobre par le rétablissement du culte des images et par une délinitiun générale de la foi catholique. On verra plus loin quel effet la publication des

1 Fleury, Iftst. rccléi^inst., t. IX, g 25.

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