CHAPITRE VIII
actes du concile de Nicée produisit en Occident, et en particulier dans l'entourage de Charlemagne.
Dans le temps même où ce grand événement s'accomplissait, le souverain pontife eut occasion de reconnaître que, si les Grecs consentaient à lui donner satisfaction sur le terrain des questions purement dogmatiques, ils n'avaient pas pour cela renoncé à contrecarrer l'exercice de son pouvoir temporel en Italie, mus sans doute par l'arrière- pensée naïvement égoïste de ramener sous leur tutelle politique cette papauté, dont l'ascendant moral avait ressaisi leurs consciences. Les deux beaux-frères, Adelgis et Arigis, ne manquaient pas d'exciter, chez les chefs du gouvernement impérial, ce sentiment de jalousie inquiète vis-à-vis des grandes puissances de l'Occident. La canq^agne victorieuse de Charlemagne contre Bénévent, au printemps de cette même année, paraît du reste avoir causé de vives alarmes aux Grecs, en avançant les limites réelles de l'empire frank jusqu'à la porte des quelques cités qui dépendaient encore du patriciat de Sicile, le long du littoral napolitain et dans les Calabres. Une ambassade byzantine vint aussitôt trouver le roi à Capoue ^ On ignore les péripéties de cette conférence ; mais elle aboutit à la rupture du mariage projeté entre le jeune Constantin Porpliyrogenète et la princesse Rothrude. Les historiens des deux nations sont en complet désaccord sur le motif de cette rupture, chacun attribuant à son propre souverain l'initiative du refus et l'honneur d'avoir donné congé à l'autre. Les raisons sont plausibles des deux côtés. Si Charlemagne reconnut l'impossibilité de concilier l'intérêt du saint-siége, dont il avait la garde, avec les prétentions vivaces' de la cour orientale, l'altière Irène devait redouter de donner l'appui du roi frank au fils sur lequel elle exerçait et tenait à conserver une intluence despotique. L'avenir ne mit que trop en lumière les calculs am-
1 Lebeau, Hist. du Bas- Empire, liv. LXVI, ^ 20.
bilieux de celle mère dénaluiée. Du resle, aussilôl après les négociations de Capoue, en dépil des regrets de Constantin pour sa fiancée carolingienne, elle lui fil épouser de i'orce une jeune Arménienne, dont la naissance obscure ne portait pas d'ombrage à rimpératiice mère.
La ligue gréco-langobarde, aussitôt reformée, attendit à peine le départ de Cliarlemagne pour reprendre ses menées dans ritalie méridionale. Arigis, humilié mais non découragé , avait hâte de secouer le joug de son vainqueur : il se Uallail de ressaisir son ancienne indépendance avec Faide et sous le protectorat moins onéreux de Fempire grec. Afin de se l'aire bien voir des alliés dont il escomptait ainsi l'assistance, il commença par exciter en leur faveur les sympathies de quelques villes de Toscane, récemment attachées par le roi frank au domaine de Saint-Pierre. Ses émissaires travaillèrent si bien auprès des habitants de ïerracine et des cités environnantes, que ceux-ci ollrirent, en ellet, leur soumission au patrice de Sicile. Les légats pontificaux essayèrent vainement à deux reprises de rétablir dans cette contrée Fautorité du saint-siege ; force fut à Adrien d'en appeler au roi Charles ', alors tout occupé des affaires de Bavière, et de réclamer de lui des mesures de répression contre les manœuvres perfides du duc de Bénévent.
On ne connaissait pourtant encore que la moitié de la trahison d'Arigis. Ses députés étaient déjà à Constantinople, chargés de proposer la réunion , sous le sceptre impérial , du territoire de Bénévent à celui de Naples, à la condition ({ue l'administration des deux duchés serait conférée à leur maître avec le litre de patrice. Celui-ci demandait, pour opérer cette annexion ou du moins pour la défendre, l'envoi immédiat d'une armée sous les ordres d'Adelgis; il prometlait de se faire, si l'on peut ainsi parler, « naturaliser » sujet grec, de reconnaître en tout la souveraineté de Fempereur
• Adrian. I, papœ , Episl., np. D. Bouquet, t. V, p. 576.