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CHAPITRE VIII

et d'adopter le costume de sa nouvelle patrie. Irène s'empressa de souscrire à un marché si avantageux. Bientôt deux officiers de son palais abordèrent en Italie, apportant à Arigis les vains simulacres de la dignité qu'il avait réclamée : des habits tissus d'or, une épée, un peigne et des ciseaux , pour lui couper les cheveux à la grecque. L'armée de secours lui était également accordée, et Adelgis devait la faire débarquer très-prochainement au pointle plus propice du littoral.

Mais , quand les messagers impériaux arrivèrent à Bénévent, Arigis venait de mourir, précédé de quelques jours dans la tombe par son fils aîné, Romuald. Le cadet restait toujours entre les mains de Gharlemagne , incapable par conséquent de recouvrer ses Etats sans répudier la politique paternelle. Sa veuve, Adelberge , était, il est vrai, ardemment dévouée à la cause byzantine ; elle avait dirigé le trésor ducal sur Tarente, oîi elle comptait se rendre ellemême avec ses filles, dans le but de favoriser les entreprises de son frère Adelgis, dès qu'il aurait pris terre. Mais, en attendant l'ouverture des hostilités, la situation de cette femme était ambiguë et perplexe. Gharlemagne avait, à la prière du pape, envoyé des délégués pour arrêter l'agitation séparatiste de Terracine et des autres villes toscanes. Adelberge avait d'autant plus d'intérêt à dissimuler devant les Franks, que de leur rapport dépendrait la décision du roi à l'égard de Grimoald. Quel succès , quelle revanche pour la fille de Desiderius, si elle pouvait faire donner par Gharlemagne l'investiture du duché de Bénévent à un jeune prince en qui elle se flattait de trouver un exécuteur docile du traité secret d'Arigis ! Tel était le plan qu'elle avait conçu, et dont la réalisation paraissait déjà assurée, quand les deux écuyers impériaux se présentèrent au palais de Bénévent , conduits par le gouverneur de Sicile. Adelberge n'était plus alors dans sa capitale. Sans quitter son duché, elle avait cru prudent de se rapprocher des possessions

grecques , et elle LenaiL provisoiremcnL sa cour, ou plulùt son conciliabule, à Sulerne^ C'est là que la députation byzantine vint s'aboucher avec elle (20 janvier 788). Ils trouvèrent les conspira^urs dans toute la joie d'un premier triomphe et débarrassés de toute crainte du côté de la France.

Les envoyés de Gharlemagne, aux prises avec des adversaires aussi rompus à l'intrigue , n'avaient pas plus (jue d'habitude réussi sur le terrain diplomatique, bien que leur roi leur eût prescrit de se concerter d'abord avec le pape. Ils s'étaient, en effet, rendus à Rome vers la fin de l'année précédente , au nombre de cinq , trois ecclésiastiques et deux officiers palatins : les diacres Hatton et Joseph , l'abbé Maginer, le chambellan Gotheramn et le comte Liuderic.

Adrien leur donna les instructions les plus minutieuses sur la conduite à tenir vis-à-vis de la veuve d'Arigis. Il ignorait encore les négociations conclues à Constantinople; mais il savait de combien d'embûches ils allaient être environnés au milieu de la population langobarde : il leur recommanda , par -dessus tout, de ne se séparer les uns des autres en aucune circonstance et sous aucun prétexte. Mais le conseil fut vite oublié. Hatton et Gotheramn, partis les premiers, dédaignèrent d'attendre leurs compagnons à la sortie du duché de Spolète, comme ils l'avaient promis. Ils poussèrent ensemble jusqu'à Bénévent, puis de là à Salerne , où Adelberge était déjà rendue.

Sur ces entrefaites, arrivaient à Rome dix des principaux citoyens de Capoue. Cette ville ayant été , comme on l'a vu , détachée par Charlemagne du duché de Bénévent et réunie au domaine de l'Eglise, ses représentants venaient, en exécution d'un ordre royal, jurer fidélité au saint-siége. Après avoir prononcé le serment dans la Confession de saint Pierre, le chef de Tambassade, le prêtre Grégoire, demanda

i Adrian. J, papœ , Episl., ap. D. Boiujuel, t. V, p. 572,

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