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CHAPITRE VIII

à Adrien un entretien secret. Il avait à faire, lui dit-il, des révélations graves que son serment ne lui permettait plus de cacher. Il mit le souverain pontife au courant de toute la trame ourdie entre les Langobards et les Grecs. Il lui apprit le projet d'annexion de la province de Bénévent, le débarquement prochain d'Adelgis , la complicité de sa sœur, leurs vues sur Grimoald , servies à souhait par Tinsigne maladresse des envoyés franks, qui, après les avoir exposés aux plus grands périls , avait abouti à faire de l'un d'eux la dupe de la ligue ennemie et son avocat officieux auprès de Charlemagne\ Voici, en effet, ce qui s'était passé depuis un mois.

A Salerne, on avait amusé par de vaines paroles Hatton et Gotheramn, en attendant l'arrivée de leurs trois compagnons. Cependant les Langobards de la ville, d'accord avec leurs voisins d'Amalfi et de Sorrente et avec les Grecs de Naples, avaient formé l'odieux dessein de se débarrasser, dans un guet-apens nocturne, de ces naïfs étrangers. On devait, après avoir donné une conclusion quelconque à leur ambassade, les faire sortir du côté de la mer, comme pour les embai'quer, et sur la plage déserte les égorger à l'improviste. On aurait ensuite répandu le bruit que les auteurs de cette mort étaient des Napolitains, qui auraient frappé sur les Franks, les prenant pour des Bénéventins. Par bonheur, le complot fut révélé à temps aux ambassadeurs. Gotheramn parvint à s'échapper de la ville, et, en rebroussant chemin vers l'État pontifical, il rencontra les trois retardataires, qu'il entraîna dans sa fuite. Mais ils n'osèrent pousser jusqu'à Bome et se présenter devant le pape. A peine en sûreté sur le territoire de Spolète, ils lui adressèrent une relation de leur aventure , en le priant de demander à Gharlemagne de nouvelles instructions pour eux. Quant à Hatton , n'ayant pu sortir de Salerne , il s'était

1 Adrian. I, papœ, Epist., ap. D. Bouquet, t. V, p. 57/j.

réfugié dans une église de la ville, et, la main sur l'autel, avait invoqué le droit d'asile. Leur coup manqué, les Bénéventins ne voulurent pas se compromettre davantage par un attentat isolé et dès lors inutile. Au contraire, ils firent tout pour calmer ses craintes, le traitèrent avec Ijeaucoup de douceur, et finirent pai- lui persuader que ses terreurs étaient purement chimériques. Si bien qu'en se faisant rapatrier par la voie de mer, il leur promit d'appuyer près de son maître la candidature de Grimoald au duché de Bénévent. Peut-être, au fond, s'applaudissait - il d'avoir été ainsi servi par les circonstances et de recueillir seul l'honneur de cette délicate mission , pacifiquement accomplie.

A peine était-il éloigné, que les émissaires grecs arrivaient à leur tour. Ils n'eurent qu'à recueillir des présages de bon augure. Toutes les difficultés semblaient aplanies. Grimoald, appuyé par Hatton, ne pouvait manquer d'être nommé duc. Aussitôt installé, il exécuterait le traité paternel, d'autant moins Hbre de s'en dégager, que ses futurs sujets juraient de rester ii.violablement fidèles à l'empire. Il ne fallait donc plus que de la patience et du calme. On invita les écuyers de l'empereur à se rendre sur leur propre territoire, à Naples, pour observer de là les événements sans éveiller les soupçons du gouvernement frank. Beconduits en grande pompe, le 23 janvier, par une escorte langobarde, la population enthousiaste de Naples les reçut comme des conquérants, bannières déployées. L'évêque Etienne, adversaire acharné de l'autorité pontificale etfranke, s'adjoignit à eux, et, par leur intermédiaire, les négociations, les intrigues continuèrent plus actives que jamais entre Bénévent et Constantinople '.

Le pape avait, lui aussi, des correspondants dévoués, notamment l'évêque deGaëte, qui ne lui laissait rien ignorer

• 1 Adrian. 1 , papœ, Episl., ap. D. Bouquet. I. V. p. 574.

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