CHAPITRE IX
roder inférieur (Poméranie et Mecklembourg). Ces derniers, peuplades remuantes et envahissantes, ne cessaient de harceler les tribus plus faibles qui les confinaient. Après avoir rejeté les Sorabes ou Serbes entre l'Elbe et la Saal, ils s'étaient mis à refouler leurs voisins du Couchant , les Obotrites, cantonnés vers le Schwerin.
Dès que Gharlemagne, maître de la Saxe entière, était parvenu dans le Bardengau , les Obotrites s'étaient placés sous son protectorat. Mais cet appel à l'intervention étrangère les avait exposés depuis à des vexations encore plus fréquentes et plus dures de la part des Vélétabes. Telle fut la circonstance qui engagea le roi frank dans de nouvelles conquêtes, qu'il n'avait ni prévues ni sans doute souhaitées, au delà de sa sphère naturelle d'influence. Les remontrances qu'il adressa aux Vélétabes en faveur de ses vassaux ayant été dédaignées, il se vit obligé de les appuyer par les armes. Il partit donc au mois de mai d'Aix-la-Chapelle, franchit le Pdiin près de Cologne et traversa la Saxe, recrutant sur sa route des contingents de Frisons, d'Obotrites et de Serbes, et jeta sur l'Elbe deux ponts garnis de tours en charpente pour le passage des troupes. « La nation des Vélétabes , toute belliqueuse qu'elle était, ne put soutenir longtemps l'impétuosilé de l'armée royale; et, quand on approcha de leur cité de Dragowit, Wiltzan, à qui l'ihustration de sa race et l'autorité de son grand âge donnaient la prééminence sur tous les autres chefs de tribus , se rendit auprès du roi avec les siens, livra les otages qui lui furent demandés, et lui et tous les autres princes des Slaves jurèrent fidélité au roi et aux Franks'. »
Cette expédition, dont le résultat le plus avantageux fut de montrer aux divers cantons de la Saxe leur dominateur entouré de son redoutable appareil militaire, fut suivie d'une année entière de repos. Il y avait bien longtemps que les
i Eginh. Annal., ann. 790.
leudes franks ne s'étaient vus libres, après le Champ de mai, de rentrer sitôt dans leurs domaines , cl les chroniqueurs signalent comme un événement extraordinaire cette paix de dix-huit mois consécutils. Mais ce répit insohte, Charlemagne l'employa à préparer le coup décisif qu'il voulait porter à la puissance des AVares. Au courant de l'été 790, des ambassadeurs de cette nation vinrent le trouver à Worms, dans le but de régler à l'amiable les contestations de frontières qui avaient servi de prétexte aux conflits de l'année précédente. La conférence ne fit que mettre en présence les aspirations inconcihables de deux races rivales. Il ne pouvait d'ailleurs exister d'entente durable entre les peuples d'origine germanique ou romane et les Tartares de la Pannonie, qui étaient, pour toute l'Europe chrétienne, un objet d'horreur et de dégoût. C'était une guerre sainte, une guerre d'extermination, que le monde latin demandait contre ces descendants des hordes d'Attila.
La concentration des troupes à Regensburg occupa tout le printemps et une grande partie de l'été 791 ; la grande armée franco -teutonique ne put se mettre en marche qu'à la fin d'août. Elle était divisée en deux corps. Les Austrasiens, avec tous les contingents de Germanie, Saxons, Frisons et Thuringiens, placés sous les ordres du comte Théoderic, le vaincu de Sunthal, et du chambellan Magenfrid, côtoyèrent la rive septentrionale du Danube. Le roi Charles conduisait en personne, le long de la rive droite, les bataillons de la Gaule franke, pendant que les immenses approvisionnements des deux corps descendaient le cours du fleuve sur un convoi de bateaux , dont les Baïvares formaient l'escorte. En arrivant au confinent du Danube et de l'Eus, le roi ordonna une halte de trois jours, qui furent employés en jeûnes, en processions et en prières publiques, afin d'attirer les bénédictions du Ciel sur les guerriers chrétiens; puis, franchissant l'Eus, il entra sur le territoire ennemi'.
1 Eginh. Annal., aiui. 791.