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CHAPITRE IX

Les agressions et les pourparlers dont la démarcation de leur frontière avait été successivement le prétexte de la part des Huns, n'avaient pu évidemment avoir aucun fondement plausible. La nature elle-même avait tracé leur frontière. Séparés de la Bavière, au sud, par l'Ens, ils l'étaient également de la Bohème par un autre affluent du Danube, le Camb. C'est sur ce point qu'ils avaient élevé leurs travaux de défense contre l'invasion franke. La rive orientale du Camb et le sommet du Cumeoberg, emplacement de l'ancienne ville romaine de Comagène, étaient protégés par de profonds retranchements et par deux forts que rehait une ligne d'ouvrages en terre et en pahssades.

Les positions paraissaient devoir arrêter quelque temps au moins la marche des soldats de Charlemagne. Mais, dès la première attaque, les Huns lâchèrent pied devant l'intrépidité des assaillants. Leurs escadrons en fuite ne se rallièrent plus. Les Franks, trouvant de tous les côtés le pays ouvert, s'y répandirent et le ravagèrent à loisir par le fer et par le feu. Toute la contrée située entre l'Ens, le Danube et le Raab fut ainsi livrée au pillage durant cinquante-deux jours, sans combat, sans ombre de résistance. Les vainqueurs stupéfaits ne rencontraient devant eux qu'un désert. Ce n'était pas cependant, comme ils le supposaient et comme l'ont cru les historiens contemporains, une vaine et inexplicable panique qui avait dispersé et, en quelque sorte, fondu la puissante cavalerie des Avares. Un péril imprévu, une diversion des Franco -Italiens, l'avait précipitamment rappelée au cœur du pays, pour la défense du grand quartier général de cette nation militaire, le Ring.

Entre le Danube et la Theiss s'élevait le Ring ', cité centrale et unique de la Pannonie, espèce de camp retranché qui couvrait toute une province. Il avait douze à quinze

1 Voy. la description du Ring., ap. Monach. Sangall. de Gestis Caroli Magni, lib. II , § 2.

lieues de tour. Neuf enceintes concentriques, formidablement fortifiées , enveloppaient dans autant de cercles le prodigieux entassement de villages qui servaient de repaire au peuple entier des Avares. Ces enceintes, que les Germains appelaient dans leur langue des haies (hagen), étaient formées de troncs d'arbres et de blocs de pierre , sur vingt pieds de hauteur et autant de base , et couronnées d'épaisses broussailles. Les intervalles étaient occupés par des plantations et des cultures : les groupes d'habitations s'y pressaient à portée de la voix. Les appels de la trompette, répétés de hameau en hameau, faisaient ainsi, avec une merveilleuse rapidité, le tour de cette ruche humaine. D'étroites brèches, faciles à défendre, mettaient les différents cercles en communication entre eux et avec les vastes pâturages déserts qui environnaient le Ring. Jamais armée ennemie n'avait pu y pénétrer. Au centre des neuf cercles , se trouvait le palais du chakan ou chef suprême, immense kiosque de bois oii depuis des siècles s'étaient accumulées les dépouilles du monde civilisé : meubles, vases et ornements précieux des palais et des églises , rapportés de ses courses aventureuses à travers toutes les provinces de l'ancien empire par le peuple le plus ravageur qui fut jamais.

Accourant, à la tête des Italiens et des Slaves méridionaux, par la Carinthie et la Styrie, le roi Pépin avait donné l'assaut au Ring, au moment où son père forçait le passage du Camb. La haie extérieure, attaquée à l'improviste et dégarnie de défenseurs, céda. Les troupes royales se répandirent dans la première enceinte, et durant toute une nuit en saccagèrent les villages ; mais ils ne purent pénétrer plus avant, et le rapide retour du corps qui avait été détaché à la frontière occidentale les obligea à battre en retraite.

L'armée franco-germanique elle-même ne poussa pas au delà du Raab. Sans avoir livré une seule bataille, Charlemagne dut remmener en Ravière ses scares presque entiè-

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