‹ CharlemagneChapitre 150 sur 236 · CHAPITRE JX · texte numérisé non relu

CHAPITRE JX

son incapacité le frappait de plein droit de déchéance. Làdessus, la rigueur des lois et des mœurs frankes était absolue', et Charlemagne, tout puissant qu'il était, n'aurait pu faire accepter par ses leudes l'autorité d'un chef contrefait et impotent.

Mais Pépin , à qui la méchante humeur de Fastrade n'épargnait aucun affront, supportait d'autant plus impatiemment sa destinée. Il brûlait ou de surmonter le préjugé national ou tout au moins de s'en venger. Ghétive créature , au demeurant , cerveau si faible , cœur si perverti par les souffrances physiques et morales, que les intrigants qui se servaient de son nom pour couvrir les visées de leur propre ambition l'avaient fait descendre jusqu'à l'idée du parricide.

Le heu où les conjurés tenaient leurs concihabules était l'église Saint-Pierre, à Regensburg. Un soir, un pauvre diacre d'origine langobarde, nommé Fardulf, attardé dans cette église, peut-être par les devoirs de sa charge, s'y était laissé surprendre par le sommeil. Au milieu de la nuit, un bruit de voix l'éveille en sursaut. Il aperçoit, à la lueur des flambeaux sacrés, un groupe d'hommes dont l'attitude et les propos sinistres le font frémir d'épouvante : il les entend jurer sur les autels l'accomplissement de leur forfait. Le malheureux , par le soin même qu'il prend de dissimuler sa présence, attire l'attention de son côté. On le découvre, on le saisit. Initié malgré lui aux projets des assassins, il faut qu'il devienne leur comphce afin de n'être pas leur première victime.

Le poignard sous la gorge, il prononce à son tour le serment de ne jamais révéler le secret que le hasard vient de lui faire découvrir. Mais, à peine libre, en dépit de son serment extorqué par la violence, il court au palais, et, sept fois obligé de parlementer avec les huissiers, il parvient

1 Lehuëron , Hisl. des insl. carol., liv. I, ch. vu.

3 in CHAH LE MAGNE

enfin à la porte de rapparteniont royal, où il frappe violemment. Les femmes de service dans la chambre de Fastradc accourent au bruit, et, se trouvant en présence d'un homme au visage bouleversé et hagard, vêtu seulement d'un caleçon et d'une chemise de toile, elles le prennent pour un fou, et lui ferment la porte en éclatant de rire. Mais Charles, éveillé de son côté, les appelle et leur demande l'explication de leur rire et du vacarme qu'il vient d'entendre.

« C'est, lui répondent-elles, un misérable solliciteur sans barbe , probablement quelque marchand , qui prétendait avoir besoin de vous parler sur-le-champ. » Le roi, frappé de l'étrangeté de cette démarche à une pareille heure, fit introduire le clerc, qui, se jetant à genoux, lui raconta en détail la scène de l'église. Fardulf obtint en récompense l'abbaye de Saint- Denis. Dans la matinée, chacun des conjurés était arrêté dans son domicile. Ils furent tous décapités, pendus ou exilés. Quant à Pépin, on se contenta de le tondre et de le reléguer dans un monastère', après l'avoir fait battre de verges. Ainsi fut retranché de sa famille et du monde, à la fleur de l'âge, à vingt-cinq ans environ, ce pauvre infirme, à qui des conseillers pervers avaient fait concevoir le dessein , aussi fou que coupable , de détrôner et de remplacer Charlemagne.

Les trahisons, les défections, les révoltes éclataient de toutes parts à la fois , au cœur et aux extrémités de ce trop vaste empire. Si les leudes franks trouvaient si lourde la domination de leur chef glorieux , qu'ils voulaient s'en débarrasser par un assassinat, la fatigue et la colère étaient bien plus grandes encore chez les étrangers incorporés malgré eux à la monarchie et qui en supportaient, autant au moins que les nationaux, les charges militaires. Aussi les deux peuples vassaux qui avaient le plus utilement con-

1 Eginh. Vila Karoli Magni. Moiiach. Sangall. de Geslis Caroli Magni, lib. II.

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