CHAPITRE IX
couru à rexpédition de Pannonie et qui en avaient le plus souffert, les Saxons et les Langobards, répondirent par une insurrection à Thériban publié de nouveau, au printemps de 792, contre les Avares. Le comte Théoderic, ramenant en Bavière les contingents qu'il était allé lever dans la France septentrionale et en Frise, rencontra au bord du Weser, à Rustrengen, une troupe considérable de Saxons rassemblés sous prétexte de se joindre au corps expéditionnaire. Mais ce n'était qu'un guet-apens. S'étant laissé sans défiance envelopper par les nouveaux venus, les soldats de Théoderic furent traîtreusement attaqués et périrent presque tous, ainsi que leur vaillant capitaine, dans une lutte inégale (6 juillet 792).
Telles étaient les difficultés qui accablaient alors son gouvernement, que Charlemagne se trouva hors d'état de tirer une vengeance immédiate de cet odieux massacre. Il dut ajourner même la guerre de Pannonie et employer toutes ses forces disponibles à comprimer la rébellion de Bénévent.
Le sang d'Arigis et de Desiderius vivait quand même dans leur descendant Grimoald , et , en dépit des preuves de fidélité qu'il avait données à son suzerain carolingien lors de son installation dans le duché paternel , il s'était rapidement laissé ramener à la politique traditionnelle de sa famille. L'attitude de roideur défiante et presque hostile, qu'on lui a vu prendre dès le début vis-à-vis du saint-siége, l'amena naturellement à s'appuyer sur le parti national langobard, et, de ce côté -là, la pente était fatale vers l'alliance byzantine. Il ne semble pas s'en être défendu , et ses conseillers, afin de l'y engager d'une façon définitive, lui firent épouser une princesse impériale, nommée Vantia ou Irriantia, qui était très -probablement une petite-fille de Copronyme, et par conséquent la cousine de l'empereur régnant'.
1 Lebeau, Hist. du Bas-Empire, liv. LXVI, § 33.
Le rôle prépondérant qu'ils eurent dans la guerre de 792 par l'enlèvement de la première enceinte du Ring, rendit aux Langobards la conscience de leur force. Ils se crurent en mesure de reconquérir leur indépendance , et l'année d'après, Grimoald, qui avait déjà effacé le nom du roi frank sur ses monnaies, leva l'étendard de la révolte. Le mouvement fut assez grave pour que Charlemagne renvoyât immédiatement en Aquitaine son fils Louis , qui était alors près de lui à Regensburg, avec ordre de conduire toutes les milices méridionales au secours de son frère Pépin d'Italie. Malgré la longueur de ces préparatifs, qui recula jusqu'à l'arrière -saison l'ouverture des hostilités, Grimoald n'eut pas le temps ou les moyens d'organiser une défense efficace. Il ne paraît pas même y avoir eu de bataille. Le rebelle s'empressa de demander grâce , et sa seule punition fut la perte du territoire de Rieti', qui fut incorporé au duché de Spolète. Comme gage de sa soumission et sans doute aussi pour se venger d'avoir été abandonné dans ce péril par l'empire, il répudia sa jeune épouse grecque, qu'il avait d'abord passionnément aimée. Les chroniqueurs ne fournissent aucun renseignement stratégique sur cette campagne, où des forces très- importantes furent engagées; mais ils nous apprennent que les belhgérants eurent à souffrir des privations horribles à cause de la famine qui désola l'Italie et la Gaule durant les premiers mois de l'année 793. Les vivres étaient si rares, « qu'en plein carême, dit la Chronique de Moissac, on n'hésitait pas à manger de la viande quand on en trouvait. La faim fit mourir beaucoup de monde. »
Au milieu de ce déchaînement des colères humaines et des rigueurs de la nature contre sa puissance, Charles avait toujours l'esprit occupé de projets grandioses. Durant les loisirs forcés que l'absence de ses armées lui donnait en Germanie, il entreprenait des travaux publics que son génie
I 11. Léo, Gcschichte von Italien.