CHAPITRE IX
son nom s'appelle la Geste de Guillaume- au- court-nez^, reçut le gouvernement de Toulouse et fut chargé d'y rendre à l'autorité carolingienne sa vigueur et son prestige. Il ne faillit pas à cette tâche. « Il trouva, dit le chroniqueur, la nation vasconne, qui de sa nature est turbulente, soulevée encore par les derniers événements et fort exaspérée du châtiment d'Adalaric. Mais, tant par l'adresse que par la force , il l'eut bientôt domptée et il sut la maintenir en paix^ »
Il n'était pas trop tôt qu'un homme droit et énergique vînt apporter son concours à ce faible gouvernement aquitain. Les premiers comtes avaient singulièrement abusé de leur situation au détriment de l'autorité centrale , et le biographe de Louis raconte à ce sujet une anecdote caractéristique qui se place vers cette époque. « Charles demandait un jour à son fds comment il se faisait qu'étant roi il ne donnât rien , pas même sa bénédiction , sans en être sollicité. Celui-ci lui apprit alors que tous les grands de son entourage , sacrifiant le bien public à leur intérêt privé , s'étaient approprié les domaines du fisc; de sorte que lui, seigneur nominal de toutes choses, était à peu près réduit à l'indigence^. » Les commissaires spéciaux de Charles eurent la plus grande peine à réformer ces abus, tant la féodalité était déjà prête à exploiter toutes les faiblesses du pouvoir souverain.
Mais un péril plus grave encore, et surtout plus imminent que celui qui résultait de ces germes de dissolution politique , réclama bientôt tout le dévouement du nouveau comte de Toulouse : ce fut l'invasion musulmane.
Le jeune Louis , rappelé de nouveau à la cour paternelle en 791 , pour y ceindre l'épée (il était alors dans sa quatorzième année), resta durant quatre ans, sauf le temps de la
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- L. Gautier, les Epopées françaises, l\'= parlie, liv. 11, ch. i , et passim.
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campagne de Bénévent, dans la France du Nord et dans la Germanie. Le moment était venu de lui faire faire d'une manière sérieuse son apprentissage d'homme de guerre et de roi , et Charlemagno « veillait avec le plus grand soin à ce que son fils n'eiàt sous les yeux que de bons exemples et ne fût pas corrompu par des mœurs étrangères^ ».
A cette même époque , l'empire arabe d'Espagne , longtemps déchiré par les dissensions civiles, retrouvait l'union sous la main de l'émir Hescham, fils et successeur de l'Ommiade Abd-el-Raman. Comme dérivatif aux ardeurs belliqueuses qui fermentaient partout au sein de son peuple, le nouvel émir, dès 791 , proclama Valgihad ou guerre sainte contre les chrétiens, et, par son ordre, la voix des imans fit retentir dans toutes les mosquées cet appel fanatique aux farouches sectateurs du Coran :
« Louanges à Dieu, qui a relevé la gloire de l'islamisme par l'épée des champions de la foi, et qui, dans son livre sacré, a promis aux fidèles, de la manière la plus expresse, son secours et une victoire brillante. Cet Etre à jamais adorable s'est ainsi exprimé : 0 vous qui croyez, si vous prêtez assistance à Dieu, Dieu vous secourra et affermira vos pas. Consacrez donc au Seigneur vos bonnes actions; lui seul peut, par son aide, rallier vos drapeaux. Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu, il est unique et n'a pas de compagnon; Mahomet est son apôtre, et son apôtre est son ami chéri. 0 hommes ! Dieu a bien voulu vous mettre sous la conduite du plus noble de ses prophètes, et il vous a gratifiés du don de la foi. Il vous réserve dans la vie future une félicité que jamais oreille n'a entendue, que jamais cœur n'a sentie. Montrezvous dignes de ce bienfait; c'était la plus grande marque de bonté que Dieu pût vous donner. Défendez la cause de votre immortelle religion et soyez fidèles à la droite voie; Dieu vous le commande dans le livre qu'il vous a envoyé pour vous
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