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CHAPITRE IX

servir de guide. L'Etre suprême n'a-t-il pas dit : 0 vous qui croyez, combattez les peuples infidèles qui sont près de vous, et tnontrez-vous durs envers eux. Volez donc à la guerre sainte, et rendez -vous agréables au maître des créatures. Vous obtiendrez la victoire et la puissance; car le Dieu très- haut a dit : C'est une obligation pour nous de prêter secours aux fidèles ' . »

En 792, la cavalerie arabe parut sur le versant septentrional des ports pyrénéens et fit des courses en Vasconie. Là se borna cette première démonstration. Mais, au printemps suivant, pendant que les milices aquitaines étaient encore occupées en Italie, cent mille Sarrasins se rassemblèrent sous le commandement du vizir Abd-el-Malek. Une partie de ces bandes se jeta sur les Asturies; l'autre, destinée à l'invasion du Frandjat, reprit et saccagea, chemin faisant, les villes de la Marche d'Espagne restées fidèles à la suzeraineté franke , et bientôt déboucha dans les plaines de la Septimanie. Narbonne, exposée presque sans défense aux attaques de l'ennemi, vit ses faubourgs livrés aux flammes. Puis, sans s'arrêter davantage au siège de cette ville, Abdel-Malek entraîna vers Carcassonne ses escadrons dévastateurs.

Cependant le comte de Toulouse, réunissant toutes les garnisons disponibles, avait formé une petite troupe déterminée, à la tête de laquelle il vint se placer sur la route des colonnes musulmanes, près du confluent de l'Orbieu et de l'Aude. Les chrétiens se firent massacrer, hacher sur leurs positions, sans lâcher pied, soutenus par l'exemple héroïque du comte Wilhelm, qui taillait à grands coups d'épée dans les rangs des mécréants, dit la légende épique, « comme le faucheur abat l'herbe des prés^ ». Quand, à bout de forces et réduits à une poignée d'hommes, les derniers champions

1 Reinaud, Invasions des Sarrasins en France, p. 101.

2 La chanson d'Aliscamp.

de la cause chrétienne furent contraints cropérer leur retraite , Tarmée ennemie , malgré son immense supériorité numérique, n'osa les poursuivre. Epuisée elle-même par cette lutte formidable, elle ne continua pas la campagne, et bientôt on la vit rétrograder et disparaître dans les gorges des Pyrénées.

Telle fut cette mémorable bataille de Villedaigne, si célèbre dans l'épopée sous le nom d'Aliscamp, et qui n'a pas pris dans les récits de nos historiens romans l'importance capitale qu'elle mérite. Au temps de Gharlemagne , la renommée du monarque éclipsa toutes les autres, et les entreprises où il prit part de sa personne sont les seules qui aient fixé l'attention des chroniqueurs. Mais là encore la poésie populaire complète l'histoire officielle et donne la mesure de ses omissions. Quand on examine cet événement à la lumière des textes arabes, pleins de détails effrayants sur la force et sur l'enthousiasme fanatique des envahisseurs , on doute s'il ne faut pas considérer la bataille de Villedaigne comme le principal fait d'armes du règne de Gharlemagne. Ce fut encore une défaite, comme Roncevaux, mais qui arrêta un second débordement de l'islamisme dans la chrétienté , et dont les résultats furent aussi féconds et aussi glorieux que ceux de la victoire de Charles -Martel à Poitiers.

Si les soldats d'Abd-el-Malek ne firent pas de conquête, ils emportèrent , des provinces qu'ils avaient traversées , un butin immense, que leurs récits nationaux estiment à plus de trente millions de francs de notre monnaie. Peutêtre cet énorme profit de l'expédition leur en fit -il oubUer le but de propagande musulmane. La part des dépouilles attribuée à l'émir fut du cinquième de la masse totale, représentant une somme de quarante-cinq mille mitcals d'or, ou six millions cinq cent mille francs ! Hescham consacra cette somme tout entière à terminer la grande mosquée commencée par son père à Cordoue, et qui sert aujourd'hui

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