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CHAPITRE IX

sujets de l'émir cle Cordoiie, échappaient par là môme à toute sanction civile des décrets du saint -siège. Mais la situation de l'évèque d'Urgel était dilTércnlc. 11 avait en Charlemagne un souverain attentif à faire respecter les lois de rÉclise. Un concile tenu à Narbonne en 791 , et où Félix siégea, n'ayant pris à l'égard de sa doctrine aucune décision, Charles manda aussitôt l'hérésiarque par - devant lui , à Regensburg. Condamné à l'unanimité par l'épiscopat francogermain , Félix se rétracta et s'en alla ensuite chercher son absolution à Rome. Mais, à peine rentré dans son diocèse, il recommença à prêcher l'erreur. Elipand publia une longue apologie de l'adoptianisme qu'il adressa au roi frank luimême, le priant de soumettre ses arguments à la critique des théologiens; car il n'avait, disait-il, qu'une passion : découvrir la vérité.

Certes, il n'était pas besoin de provoquer la critique des théologiens : elle se manifestait spontanément sur tous les points de la chrétienté et n'épargnait pas les novateurs. Après les conciles provinciaux de Narbonne (788), d'Aixla-Chapelle (789), d'Aquilée (791) et de Regensburg, les champions de l'orthodoxie avaient suivi leurs adversaires sur le terrain de la polémique, et ils les combattaient vigoureusement par la parole et par la plume. Paulin, métropolitain d'Aquilée, Leidrade, archevêque de Lyon, et Alcuin, pour ne citer que les plus illustres, soutenaient la lutte avec le plus brillant succès. Charlemagne protégeait hautement leurs efforts. « Vous m'accusez, écrit Alcuin dans une de ses réponses à Elipand, vous m'accusez d'empoisonner l'esprit du glorieux roi Charles. Non, je ne suis pas venu corrompre la France; celte orthodoxe nation est incorruptible... Sachez qu'il n'est au pouvoir de personne de tromper dans sa foi catholique le glorieux roi des Franks, chez qui à la puissance du clief d'Etat s'allient le prosélytisme du pontife, l'équité du juge , la science du philosophe et les dons les plus éminents de morahté et de vertu. » Les traités sortis

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de ces plumes éloquenles avaient empêché la propagalion de l'hérésie dans les rangs du clergé. Le peuple aussi, à la voix des missionnaires, revenait en foule à la foi traditionnelle. Alcuin porte à plus de vingt mille le nombre des conversions opérées par l'archevêque de Lyon : tant la doctrine nouvelle avait trouvé d'adliérents en Gaule au premier moment de son expansion ! Sa secte était ainsi en plein désarroi, quand Elipand eut Taudacieuse pensée d'en appeler à un concile. Il comptait sans doute qu'il s'y produirait entre les Pères des dissentiments dont sa cause profiterait; dans tous les cas, quelques mesures qui dussent être décrétées contre lui, il pouvait les braver du fond de sa patrie musulmane '.

La première session de l'assemblée nationale des Franks, en 794, fut un vrai concile. A la convocation de Charlemagne, trois cents prélats environ se réunirent, de toutes les parties de la chrétienté, à Francfort-sur-le-Mein, le 15 août. Le roi avait auparavant échangé trois ou quatre ambassades avec le saint -siège, afin de régler, de concert avec le suprême arbitre de la foi, les détails de ces solennelles assises. Félix d'Urgel s'abstint cette fois d'affronter une condamnation certaine. L'assemblée siégea on grand apparat dans une salle du palais. Deux légats apostoliques, Théophylacte et Etienne, la présidaient; Charles prit place ù coté d'eux en qualité de « défenseur de l'Eglise », et c'est lui qui ouvrit la session. Après avoir fait donner lecture de la lettre d'Elipand, « le vénérable prince », raconte un des assistants-, se leva de son trône et du liant de l'estrade prononi^a une longue allocution sur les intérêts religieux qui étaient en cause. Il conclut ainsi : « C'est à vous de prononcer. Depuis le temps déjà éloigné où ce fléau a pris naissance, sa violence n'a fait que s'accroître, et la contagion de l'erreur s'est répandue

1 Durras, llisL (jénérale de VÉ(jlise , l. XN'IU, ch. i, § 3.

2 Saint Paulin tFAquilée; ap. Migne, Palrolog. lai. t. XGVllI, col. 9-47.

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