CHAPITRE IX
jusqu'aux frontières de mon royaume. Il faut enfin aviser aux moyens de la supprimer par une sévère définition de foi. » Quelques jours furent accordés aux Pères pour rédiger leurs opinions par écrit, chacun en leur particulier, selon les inspirations de leur conscience. L'adoptianisme ne trouva pas un défenseur ni môme un partisan. La sentence doctrinale, rendue à l'unanimité, frappa d'anathème les auteurs et les adhérents publics ou secrets de Fhérésie espagnole, « sous réserve, y est-il dit, de tous droits et privilèges du souverain pontife, notre bienheureux père Adrien, pape du premier siège. »
C'est Charlemagne ({ui avait pris l'initiative du concile de Francfort; c'est par lui, ou du moins en son nom, que les décisions en furent notifiées, môme en dehors des Etats franks. On peut voir, par les extraits suivants de la lettre qu'il fit rédiger à l'adresse « d'Elipand et de tous les évêques et prêtres d'Espagne », comment il comprenait le rôle de la royauté dans les affaires ecclésiastiques.
« ... La charité fraternelle arrache à notre cœur des larmes de sang sur la tyrannie que vous souffrez parmi les infidèles; mais ce serait pour nous une affliction bien plus douloureuse de vous voir, par les embûches du démon , condamnés à la tyrannie intérieure d'une erreur schismatique. Voilà notre chagrin, et la blessure en serait irrémédiable, si la miséricorde de Celui qui guérit les cœurs contrits, et qui veut que tous les hommes arrivent au salut et à la connaissance de la vérité, ne nous faisait attendre notre consolation des auteurs mêmes de notre tristesse. La joie que nous attendons, c'est votre conversion. Dans le but d'en hâter le moment, nous avons rassemblé en concile des prélats de toutes les contrées de notre obéissance... Nous vous envoyons leurs écrits , ainsi que le témoignage de notre adhésion à ce qu'ils ont décidé, suivant la prière que vous m'avez faite de ne pas me laisser surprendre aux opinions d'un petit nombre , mais
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lIo ni'allacher à la doctrine qui l'éuniraiL le plus clc sulfrages. C'est ce que je fais en préférant cette sainte multitude à votre petit nombre. Je me joins de tout mon cœur au saint-siége apostolique; j'embrasse les anciennes traditions consacrées depuis la naissance de l'Eglise... Je vous conjure de même d'embrasser en esprit de paix notre confession de foi , et de ne pas vous estimer plus savants que l'Eglise universelle. Avant que vous nous eussiez scandalisés par ce nom d'adoption, nous vous avions toujours aimés comme nos frères, et la droiture de votre foi nous consolait de votre servitude temporelle. Nous avions même résolu de vous en délivrer, suivant l'occasion et votre conseil. Maintenant vous vous êtes privés de cette double consolation de la participation à nos prières et de notre secours. Car si , après cet avertissement du pape et du concile, vous ne renoncez à votre erreur, sachez que nous vous tiendrons absolument pour hérétiques et n'aurons plus de communications avec vous ^ . »
L'œuvre des docteurs de Francfort, à peu piès su})erllue pour le peuple, qui s'était déjà détaché de l'hérésie, demeura sans effet contre l'opiniâtreté de conviction ou d'orgueil des chefs de l'adoptianisme. Elii)and fut inébranlable. Félix se soumit tout d'abord, pour la seconde fois, mais par peur; sa rechute fut presque immédiate. L'attention de Charlemagne, distraite durant quatre ans par d'autres graves intérêts, revint encore, vers 799, à la grande querelle théologique qui continuait de troubler le Midi. De nouveaux conciles tenus à Urgel, puis à Aix-la-Chapelle , confirmèrent les décisions des précédents et déterminèrent chez Félix une troisième palinodie. Élipand, d'ailleurs, avait l'œil sur son comphce et ne lui permettait pas de déserter le joug de leur commune doctrine. « On a dit que vous seriez converti, lui écrivait -il, à la suite du concile d'Aix-la-Chapelle. J'ai d'abord essayé
i Caroli Magni Epist., op. Migne, l. c, col. 899.