CHAPITRE IX
mises pour rornemcnt des églises et la mémoire des choses passées, attribuant aux images ce que les anciens avaient dit des idoles, et prétendant que leur empereur Constantin I" les avait délivrés de l'idolâtrie. On vient de tenir, dans la même contrée, un autre concile, qui donne dans une erreur opposée; car, ayant anathématisé le premier, il prescrit l'adoration des images... Pour nous, nous recevons les six conciles généraux; mais nous rejetons avec mépris les nouveautés , comme aussi ce concile tenu en Bithynie pour faire adorer les images. Ses actes dépourvus de correction et de sens nous étant parvenus, nous avons été obligé d'écrire pour le réfuter, afin que personne ne s'y trompe, et nous avons entrepris cet ouvrage de l'avis des évoques de notre royaume ' . »
Or la réfutation, eût -plie été sérieuse, n'avait pas de motifs dans les actes originaux du concile de Nicée;4car, outre l'équivoque du mot adorare, qui n'était imputable qu'au traducteur, elle visait une proposition de Constantin de Chypre , favorable , en effet , au culte latreutique des images, mais formellement rejetée par la décision conciliaire, conçue en ces termes : « J'embrasse avec respect les saintes et vénérables images, et je défère Vadoration à la Trinité seule. »
C'est ce que le pape expliqua dans une réponse pleine de modération et de force, où toutes les thèses des Livres Carolina sont passées en revue. « L'affection que nous vous portons, écrit-il à Charlemagne, nous a engagé à y répondre article par article, non par des vues humaines et pour justifier des personnes, mais pour soutenir l'ancienne tradition de l'Eglise romaine. » Et comme les Livres Carolins concluaient ainsi : « Afin que le seigneur apostolique , notre père, et toute l'Eglise romaine connaissent que nous suivons ce que saint Grégoire a marcpié à Serenus, évèque de Mar-
1 Libri Carolhii, ap. Migne, Palrolog. lai. 1. XCVIII , col. 999 et suiv.
seille, nous permcLlons d'exposer les images des saints, sans obliger à leur rendre un culte, sans permettre qu'on les détruise. » — « Voilà un article bien différent des précédents, observe Adrien, et pour celui-là, nous avons reconnu qu'il était de vous, en ce que vous faites profession devons ranger au sentiment de saint Grégoire '. »
Pendant qu'il se reposait de ses travaux guerriers au milieu des discussions théologiques du concile de Francfort, Charlemagne perdit sa troisième épouse, Fastrade, dont il avait eu deux filles, Théodrade et Ililtrude. Associées aux fatigues et aux périls des expéditions militaires de Charles, la vie s'usait vite chez les femmes du grand roi. Fastrade avait succombé à cette rude existence, au bout de onze ans, comme Ilildegardo. Mais c'est le seul trait de ressemblance entre ces deux reines. Autant la première avait gagné les sympathies et cnq3orté les regrets de son peuple , autant l'autre fut impo})ulaire. On a vu quelles haines farouches son funeste empire sur les résolutions politiques ou administratives de son mari avait soulevées de la part des Icudes l'ranks et des vassaux germains. La mort d'une telle fennue ne pouvait donc causer un deuil national. 11 n'en fallut pas moins que la douleur officielle se traduisît, selon l'usage, par une épitaphe en vei'S, destinée à orner le tombeau de la défunte, dans l'église Saint -Alban de Mayence, où on l'ensevelit. Ce fut l'évècjue- poète d'Orléans, Théodulf, (pii se chargea de cette tâche ingrate. 11 sut d'ailleurs s'en acquitter avec une rare adresse, sans épargner les formules élogieuses qui étaient de rigueur en pareille matière, et sans blesser le sentiment public. Dans cette petite pièce de six vers , consacrée à la mémoire de Fastrade , il eut l'art de ne porter aucun jugement sur son caractère ni sur ses actes, et tout ce que le poète, délicatement ironique, trouve à louer en elle, c'est la noblesse de sa race et la puissance
J LibriCaroUni, ap. Migne, Palrolog. lai. l. XGVIU, col. 1292.
X1X° SIÈCLE — ÉCOLE FRANÇAISE
Charlemagne empereur « de France i>. — Statue de M. Rochet à l'exposition universelle de 1867. — Charles est conduit par Olivier et Roland. — Le sentiment français domine cette œuvre, que l'on peut opposer à la figure de Kaulbach . où domine le sentiment allemand.