CHAPITRE IX
de son glorieux époux. Voici la traduction de l'œuvre de Théodulf :
« Ici repose la dépouille illustre de la reine Fastrade, que la froide mort a tranchée dans sa fleur. Fille de noble race, et épouse ici -bas d'un roi puissant, le Ciel vient de l'appeler encore à un plus glorieux hyménée. La meilleure partie de son àme nous reste; c'est le roi Charles, à qui le Dieu clément accorde de longs jours ' ! »
La fin de la vie de Fastrade avait été soumise à une épreuve bien dure sans doute pour son àme arrogante et vindicative. Elle qui avait consacré son influence à faire châtier si cruellement de simples projets de révolte non suivis d'exécution , elle vit, duiant deux longues années, la Saxe insurgée braver impunément la puissance du roi frank. Charlemagne, en effet, n'avait pas encore vengé le massacre du comte Théoderic et de ses compagnons , assassinés en 792 au bord du Weser. Il sentait que les représailles ordinaires étaient un remède insuffisant au mal profond qui troublait la Germanie septentrionale, et que la Saxe n'était, après tout, qu'une sorte de champ d'expériences où tous les ennemis de la puissance franke et de la civilisation chrétienne s'appliquaient de concert à entretenir des ferments de révolte. Aussi, avant de tirer de nouveau l'épée contre les Saxons, voulut-il prendre toutes ses précautions contre les partisans secrets qu'ils avaient dans le reste de l'empire.
La conspiration de Pépin le Bossu et les trahisons de Tassilon se rattachaient intimement aux menées de la vieille ligue anticarolingienne , qui , sous prétexte de restaurer l'indépendance germanique, n'avait jamais servi que les intérêts de la barbarie. Charles profita de la composition en majorité ecclésiastique de l'assemblée de Francfort, pour donner une consécration quasi-religieuse aux sentencesjuridiques rendues
1 Epitaphium Faslradœ reginœ, ap. D. Bouquet, l. V, p. 416.
précédemment dans les plaids nationaux de llegensburg et d'Ingelheim. Sans rentrer dans la discussion des faits, sans remettre en question Tautorité de la chose jugée, il provoqua incidemment des prélats, sur l'une et Tautre affaire, une décision de détail impliquant ratification des procédures antérieures.
Pierre, évoque de Verdun, était accusé d'avoir trempé dans la conspiration de Pépin le Bossu, découverte deux ans auparavant. Les preuves manquaient contre lui. L'assemblée de Francfort écouta sa défense et l'admit à se justifier par serment, s'il pouvait produire pour cojurateurs soit son métropolitain, l'archevêque de Trêves, soit deux ou trois autres évêques. Personne n'ayant voulu s'associer à son serment , le prélat , peu scrupuleux observateur des lois canoniques, fit subir le jugement de Dieu à « un de ses hommes », comme preuve de son innocence. Le serf sortit sain et sauf de l'épreuve, dont on ignore la nature et que ni le roi ni l'assemblée n'avaient autorisée. Le fait ne laissa pas de produire sur l'esprit des juges une impression favorable à la cause de l'accusé, qui fut renvoyé absous.
Le duc dépossédé de Bavière comparut aussi devant ce haut tribunal ecclésiastique. Tassilon, que le témoignage de ses sujets eux-mêmes avait chargé à Ingclheim, et à qui la paix du cloître paraissait peut-être préférable aux agitations dont sa vie politique avait été remplie, n'(>ssaya pas de faii'c rien changer à sa destinée. « Debout devant ses juges, il ne voulut que demander })ardon de ses fautes et des trahisons qu'il reconnut avoir commises envers ses suzerains Pépin et Charles. Il sollicita humblement l'indulgence du roi, protestant que, de son côté, il n'avait aucune objection à faire, et se soumettait sans arrière-pensée aux mesures de justice qui l'avaient frappé. Il déclara faire abandon perpétuel de tous les droits de propriété et de juridiction qui auraient dû lui appartenir, ainsi (ju'à ses fils et à ses filles, dans le duché des Baïvares, et recommanda ses enfants à la miséricorde de Charles. Le roi, dit le compte-rendu officiel de la céré-