CHAPITRE X
quartier de Bardenwik (dans le Bardengau), il envoya Tordre aux Slaves Obotrites, ses vassaux, de prendre les Saxons à revers, et lui-même essaya d'opérer sa jonction avec ces troupes de renfort en s'ouvrant un passage jusqu'à Hluini (Lunebourg). Mais là il apprit que les Ubotrites avaient été taillés en pièces par les Saxons transelbains, et que leur duc, Wiltzan, était resté parmi les morts. Il s'en vengea en faisant peser sur toute la Saxe une occupation militaire d'une dureté excessive , et qui ne tarda pas à mettre de nouveau les vaincus à sa merci. Maître enfin de la situation, il n'exerça pas de représailles sanglantes. Le souvenir du profond ébranlement qu'avait causé, dix ans auparavant, l'exécution des insurgés de Werden l'avait déterminé à changer de tactique. Ne pouvant dompter autrement la nationalité saxonne , il voulait la dissoudre et transformer violemment le génie de ce peuple, en le fondant avec des éléments étrangers. Déjà, à la suite de la précédente campagne, il avait entraîné en France des masses considérables d'otages, que les Annales de Fulda ' estiment à un tiers des troupes désarmées à Sintfeld. Il continua cette fois d'appliquer, et plus rigoureusement encore, le même système. Des milliers d'Angariens et d'Ostphaliens, hommes, femmes, enfants, se virent arrachés, sans espoir de retour, à leur pays natal , pour être disséminés en divers points du centre et du midi de l'Europe ^ « Ainsi les rois des Babyloniens et des Perses transportaient les Juifs sur le Tigre, les Ghalcidiens au bord du golfe Persique. Ainsi Probus avait transplanté des colonies de Franks et de Frisons jusque sur les rivages du Pont-Euxin^ »
L'année suivante, pendant que ses trois fils guerroyaient aux frontières de l'empire, Charles le Jeune et Louis au delà
1 D. Bouquet, t. V, p. 158.
2 Chron. Moissiac, aiin. 795.
a Michelel, Ilisl. de France, t. 1.
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des Pyrénées, Pépin chez les Avares, le roi parcoiirul encore en personne la Saxe, son champ de bataille à lui, oi^i il ne laissait jamais à nul autre le péril et riionnour de commander. Il atteignit l'Elbe sans rencontrer aucune résistance, essuyant seulement dans les marais du Nord quelques escarmouches, dont il profita pour faire une nouvelle levée de captifs. Peu à peu il obtenait ainsi de la famille, seul corps constitué dans la Germanie païenne , les garanties que la nation, manquant de solidarité, n'avait jamais pu lui donner. Grâce à une pareille méthode de conquête et même de contrainte morale , il ne devait bientôt plus se trouver, dans les cantons où se recrutaient les bandes insurrectionnelles, un seul guerrier qui n'eiit quelqu'un de ses proches, quelque existence qui lui était chère, livrée à la merci du roi frank et répondant sur sa tête de la soumission de la patrie germanique. En même temps, les vides causés par cette dépopulation périodique étaient aussitôt comblés par des colonies de guerriers méridionaux , installés comme bénéficiers militaires sur les domaines des exilés : centres nouveaux et permanents d'inlluence romane, éléments éprouvés, destinés à former les cadres , si l'on peut ainsi parler, des paroisses naissantes et des troupes indigènes aux ordres des officiers royaux.
Au printemps de 797, Gharlemagne put jouir des résultats obtenus par sa politique nouvelle. Dans une course rapide depuis le Pxhin jusqu'à la mer du Nord, même en traversant les plus sauvages retraites du Ilolstein, il n'eut pas à tirer l'épée. Serments et otages lui furent spontanément offerts. Le régime de terreur inauguré après Werden avait décidément fait son temps : il était condamné par une expérience tristement convaincante , et l'intérêt politique s'unissait , au bout de douze années, aux voix les plus autorisées de l'Eglise pour réclamer des tempéraments au capitulaire draconien de 78S. Le roi, au retour, se hâta d'édicter les mesures de clémence reconnues nécessaires, et le nouveau