CHAPITRE X
capitulaire ^, rendu à Aix le 28 octobre, dans une assemblée solennelle où avaient été convoqués des Saxons de tous les cantons M^estphaliens, angariens et ostphaliens, modifia dans un sens plus chrétien l'économie du système administratif précédemment en vigueur. Ce document ne reproduit pas les condamnations capitales appliquées aux fautes purement morales, et notamment à la violation des lois ecclésiastiques en matière de jeûne, d'abstinence, de sépulture, etc. En général, le Saxon y est soumis aux mêmes lois que le Frank. Les articles les plus importants, et qui d'ailleurs n'ont rien d'exceptionnel , concernent l'administration de la justice. Elle y est décentralisée. Afin de relever le crédit des tribunaux de canton, composés d'un jury indigène, le doublement de l'amende est prononcé contre le plaideur qui , en ayant appelé au plaid royal, aura vu sa sentence confirmée par cette juridiction supérieure. 11 est dérogé en un seul point à la loi saxonne. Le roi ne se réserve qu'un privilège, la plus belle prérogative de la souveraineté, le droit de grâce. L'article 10 lui laisse la faculté, quand un malfaiteur aura encouru la peine de mort d'après le code indigène, de commuer cette peine en celle de la déportation, et « de transférer le coupable avec sa famille loin de sa patrie, dans une autre région de l'empire, de sorte qu'il soit comme mort pour la Saxe ». Il eût été singulièrement imprudent de compter sur un capitulaire pour transformer et adoucir en un jour l'esprit si opiniâtrement rebelle des Saxons. Une de leurs tribus , du reste, la plus septentrionale, celle que, dans fidiome national, on appelait les Northalbings^ (habitants du nord de l'Elbe j, n'avait pas donné de gages de soumission et ne s'était pas fait représenter à l'assemblée d'Aix. Il était donc nécessaire de surveiller les hommes du Nord , et Charlemagne , à cet effet, décida d'hiverner cette année au cœur
1 Capitulare Saxonicum, ap.Mignc, PalroloQ. lai. t. XCVII, col. 199-204.
2 Poet. Sa.x. Gesla Caroli Magni , ami. 798.
môme de la Saxe. Il fit élever, au bord du Weser, des baraquements pour ses troupes, et le lieu conserva le nom de sa première destination. C'est le Ilëristal saxon {fleer-Slell, c'est-à-dire quartiers de Tarmée). C'est là qu'il tint sa cour, sous la tente , comme il l'eût fait dans ses palais du Rhin ou à Rome , recevant des ambassades d'Espagne et de Pannonie, mandant auprès de lui ses fds pour lui rendre compte des expéditions de la campagne précédente et recevoir ses instructions au sujet des opérations nouvelles qu'ils devaient préparer; consacrant enfin ses laborieux loisirs à l'examen des questions diplomatiques et militaires du monde entier.
Tout au commencement du printemps, avant la tenue du Champ de mai, une terrible nouvelle lui arriva. Les Northalbings s'étaient révoltés et avaient égorgé les officiers royaux établis parmi eux pour y rendre la justice. Parmi les victimes du massacre se trouvait un ambassadeur de la cour carolingienne, Gottschalk, tombé par hasard au pouvoir des insurgés, en revenant de remplir une mission de son maître auprès de Siegfrid , roi des Danois. Bien que la disette des fourrages rendît en cette saison la mobilisation des troupes extrêmement difficfie, Charles ne voulut pas di(T(M'er d'un jour le châtiment des rebelles. Il entra en campagne sur-le-champ. Parti de Minden à marches forcées, il se jeta sur les populations d'entre le Weser et l'Elbe, qui commençaient à suivre l'exemple de leurs voisins du Nord, et porta le fer et le feu sur tous les points de la Wigmodie, d'où il enleva seize cents otages. Pendant ce temps, les Obotrites attaquaient, de leur côté, les Saxons transelbains, et leur chef Thrasicon vengeait rudement sur les rebelles le meurtre de son prédécesseur Wiltzan, Quatre mille ennemis périrent dès la première rencontre, au rapport d'un témoin oculaire, le Frank Ebervvin, qui commandait l'aile droite de ces précieux auxiliaires ^
1 Etriiih. An)ial., anii. 790.