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CHAPITRE X

A la suite du Champ de mai de 799, tenu à Lippenheim, près du Rhin, l'armée franke passa de nouveau ce fleuve pour s'enfoncer en Saxe. Charles avait hâte d'en finir avec les dernières convulsions de la barbarie germanique qui agitaient encore de temps à autre cette contrée. Le foyer de la révolte était enfin concentré à la frontière nord, au delà de l'Elbe. Le roi s'avança dans cette direction; mais il n'alla que jusqu'à Paderborn. Des complications d'une gravité inouïe réclamaient son intervention au midi de l'empire et surtout en Itahe. La papauté, aux prises avec des factions redoutables , avait besoin du secours de son patrice. En présence de cet intérêt supérieur, force lui était d'ajourner la pacification définitive de ses provinces septentrionales. Il se contenta « d'envoyer son fils Charles vers l'Elbe, avec une partie de l'armée, pour recevoir la soumission de quelques Saxons Northalbings et régler certaines difficultés qui s'étaient élevées entre les Obotrites et les Vélétabes ' ». Lui-même, pendant ce temps, fit la dédicace de la basilique qu'il avait construite à Paderborn , et le pape fugitif étant venu jusque-là conférer avec lui, comnie on le verra plus loin, il reprit le chemin du Midi avec son auguste visiteur, « laissant les affaires de la Saxe dans le meilleur état ^ ».

L'état général de l'Europe permettait enfin à son dominateur de déposer l'épée.

Au sud et à l'est de l'empire, la situation était plus prospère encore qu'au delà du Rhin. Au cours delà seconde période de la guerre de Saxe , les troupes chrétiennes avaient remporté sur les musulmans d'Espagne et sur les Tartares de la Pannonie des avantages considérables et dont les résultats sohdes assuraient désormais, de ces deux cotés, la paix du monde civilisé. Les barbares eux-mêmes, par leurs

1 Eginh. Annal., ann. 799.

2 Id., ibid.

dissensions intestines , avaient provoqué l'intervention des Franks et facilité leur rapide triomphe.

L'émir de Cordoue, Ilescham, fils d'Abd-el-Raman , était mort en 796 , laissant une succession âprement disputée. Son fils unique, Hakem , eut pour rivaux ses propres oncles, Soliman et Abd- Allah, frères aînés d'IIescham, supplantés par lui à la mort de leur père. A la faveur de l'anarchie, les valis du Nord s'aflranchirent de nouveau du joug de Cordoue, et, au printemps de 797, Charlemagne, avant de rentrer en Saxe, vit arriver à Aix-la-Chapehe le cheik Zéid \ qui, s'étant emparé du gouvernement de Barcelone, venait se placer dans le vasselage et sous la protection du roi frank. Celui-ci saisit avec empressement cette occasion de relever son influence au midi des Pyrénées. Tout concourait d'ailleurs à lui en procurer les moyens. Quelques mois après qu'il eut reçu l'hommage de Zéid, à la suite de la rapide campagne qu'il fit cette année-là au delà du Rhin, un autre solliciteur musulman se présenta devant lui. C'était le prétendant Abd -Allah lui-même. Charles était trop politique pour éprouver le moindre scrupule à soutenir l'oncle dans ses entreprises spoliatrices contre son neveu. Il lui promit de l'aider au moyen d'une diversion dans le Nord, en arrachant les provinces situées en deçà de l'Èbre à la domination de l'émir Ilakem. Quel que fût le résultat de la guerre civile, la France devait ainsi travailler pour elle-même et profiter seule de ses conquêtes.

Le jeune roi Louis d'Aquitaine était alors à Aix-la-Chapelle. Son père le renvoya dans ses Etats, et, pendant qu'Abd-Allah

1 Zallo, Zaddo, clans les chroniques romanes.

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