‹ CharlemagneChapitre 168 sur 236 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le kan Thudim eL une foule de ses partisans étaient venus dans le cortège do Pépin se faire baptiser à Aix. Mais cette race inférieure n'avait aucun germe de vertu sociale que la religion même pût développer. Elle continua de s'agiter et de s'abaisser encore dans les convulsions d'une incurable anarchie. L'entreprise de rénovation chrétienne y aboutit, en l'espace de trois ans à peine , à un déplorable échec. En 799 , Thudun était retourné à ses idoles, et il essaya de secouer le joug de la domination des Franks, comme il avait abandonné leur foi. Vain effort. Au premier symptôme de soulèvement, le duc frank de Bavière, Gerold, marcha contre les rebelles. Il mourut, il est vrai, sur le champ de bataille dès le début de la campagne ; mais la défaite des Avares n'en fut ni moins prompte ni moins complète. Les Slaves achevèrent d'exterminer en peu d'années les débris de ce peuple terrible, qui avait trop justifié, dans toute l'Europe orientale, son nom de « fléau de Dieu «. Eginhard nous trace un lugubre tableau de la désolation où se trouvait de son temps toute la contrée qui avait servi de repaire aux hordes d'Attila : « La Pannonie, maintenant vide d'habitants, le lieu où était le palais du cliakan (le P»ing) transformé en un désert où l'on ne voit plus même trace d'habitation humaine, attestent combien de batailles furent livrées, combien de sang répandu dans cette guerre de huit années. La noblesse entière des Huns a péri ; toute leur gloire s'est anéantie ; tous leurs trésors accumulés durant tant de siècles sont devenus la proie des vainqueurs '. »

Les frontières pacifiées de tous côtés, l'ordre et la prospérité régnant au sein de la nation dominatrice et rayonnant sur les peuples vassaux, telle était, en 799, l'œuvre politique déjà accomplie par Gharlemagne, et qui allait être bientôt couronnée et consolidée par la restauration de l'empire.

1 Eginh. Vi(a Karoli Magni, cap. xiii.

Au milieu de l'harmonie universelle, un point cependanL était encore profondément troublé, et c'était précisément la tête de la chrétienté, Rome.

Le pape Adrien était mort, peu après la reprise de la guerre de Saxe, le 25 décembre 795. « Charles, qui n'avait pas de meilleur ami, le pleura, dit Eginhard , comme s'il eût perdu le frère ou le fds le plus cher; car il était très-facile à contracter des amitiés et très-constant à les conserver, et il entourait d'une pieuse sollicitude ceux à qui l'attachaient des liens de cette nature'. »

11 composa lui-même l'épitaphe en vers latins qu'on peut lire encore aujourd'hui , à Rome , sur la tombe de ce pontife. « Moi, Charles, y dit-il, j'ai écrit ces vers en pleurant un père bien-aimé... Je veux unir sur ta tombe nos noms et nos titres, Charles et Adrien, moi le roi, toi le père!... 0 excellent père, souviens -toi de moi, et obtiens que ton fils te retrouve un jour dans le céleste royaume du Christ 2 ! »

Immédiatement après les funérailles d'Adrien , le 26 décembre, le collège sacerdotal, évêques et prêtres, lui donna à l'unanimité pour successeur Léon, flls d'Azuppius, « défenseur intrépide des droits ecclésiastiques, plein de zèle contre les ennemis de la foi , mais en même temps patient , pieux, charitable et droit justicier ^ » Les grands et le peuple de Rome ratifièrent d'une seule voix, « et comme par une inspiration de Dieu », le choix des électeurs ecclésiastiques.

• Eginh. Vila Karoli Magni , cap. xix.

- Epilaphium Adriani 1 , papœ , a\>. D. Bouquet, l. V, p. 412. Peut-être cette épitaphe fut-elle composée par Alcuin , au nom de Gharlemague.

3 Anasl. Lib. Pontifie, ap. Darras, Ilisi. génér. de l'Eglise, t. XVlll , ch. i, ii" 1.

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