CHAPITRE X
Ni la cour d'Orient, ni aucune autre puissance étrangère ne fut consultée sur cette élection à une magistrature que les événements avaient rendue indépendante et souveraine dans Tordre politique, comme elle l'était par essence dans l'ordre religieux. Ainsi acheva de disparaître l'omhre d'autorité que la vaine formalité de la confirmation des votes populaires avait laissée jusque-là aux successeurs de Constantin dans l'antique cité impériale.
Sacré le 27 décembre, le nouveau pape s'empressa de notifier son avènement à Charles, patrice des Romains, son coadjuteur civil. A ce titre, il lui fit porter par ses légats les clefs de la Confession de saint Pierre et l'étendard de la ville, et le pria d'envoyer un grand de sa cour recevoir le serment d'obéissance et de fidélité des habitants. L'abbé de Saint-Riquier, Angilbert, confident intime de Charlemagne et l'un des membres les plus brillants de l'académie palatine , oîi il portait le nom d'Homère, fut l'ambassadeur choisi pour aller saluer le pape Léon et lui offrir en même temps la part destinée à l'Eglise romaine dans les dépouilles du Ring : don de joyeux avènement , dont on a raconté plus haut l'emploi.
Dans les lettres de créance confiées à Angilbert, on retrouve l'exposé du programme politique du grand roi frank, tel qu'il est formulé à chaque page de sa correspondance avec le saint- siège, et qu'il allait bientôt servir de base aux constitutions de l'empire restauré : « Nous avons prescrit à Angilbert, écrit -il au souverain pontife, de concerter avec vous, en notre nom, toutes les mesures qui vous paraîtront propres à procurer l'exaltation de la sainte Eglise de Dieu et à affermir votre autorité et notre patriciat ; car le pacte que j'avais conclu avec le très -bienheureux prédécesseur de Votre Paternité, je désire le continuer avec Votre Réatitude, dans le même accord inviolable de foi et de charité... C'est à nous de défendre en tous lieux , avec le secours de la miséricorde divine, la sainte Eglise du Christ, en repoussant au
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dehors les attaques des infidèles et en propageant au dedans la vérité catholique; comme c'est à vous, très-saint Père, d'aider nos armées , en élevant , ainsi que Moïse , vos mains vers le ciel, afin que, par votre intercession, Dieu, notre guide, donne partout la victoire au peuple chrétien sur les ennemis de son saint nom, et que Notre -Seigneur Jésus- Christ soit glorifié dans tout l'univers ' . »
Bien que Charlcmagne n'ait jamais prétendu, on l'a déjà dit, exercer sur l'Eglise le protectorat césarien que beaucoup d'iiistoriens lui prêtent, il n'en est pas moins vrai qu'il était porté par caractère et qu'il se croyait, en outre, autorisé, par sa grande situation dans la chrétienté, à se considérer comme revêtu d'une sorte de juridiction pastorale. Il voulait être en tout, par le zèle comme par la puissance, le premier des fidèles. « C'était, dit le moine de Saint-Gall, un évêque pour la prédication et un philosophe pour la science"-. » La fin de la lettre à Léon III est, en effet, conçue dans un ton d'admonition où se révèle bien cette tendance de son esprit. Il recommande au pape l'observation scrupuleuse des canons, l'engage à ne donner dans sa conduite et dans ses paroles que des exemples et des conseils d'édification , « afin , ajoute-t-il , que vous fassiez briller la lumière aux yeux des hommes, et que, trouvant vos œuvres bonnes, ils glorifient votre Père qui est aux cieux. »
Les mêmes conseils font l'objet d'une note particulière remise à Angilbert. « P»épète-lui souvent, lit -on dans ce curieux document , à combien peu d'années se borne la dignité dont il jouit dans le temps, et combien sera durable la récompense réservée dans l'éternité à celui qui aura bien rempli cette tâche. Persuade -hii de détruire l'hérésie simoniaque qui souille en tant de lieux le corps de l'Eglise, et parle-lui de toutes les choses dont tu te souviens que nous
1 Caroli Magni Episl. VIII , ap. Uignc , Patrolog. lai. I,. XCVIII. col. 908.
2 Monach. Sangall. de Gestis Caroli Magni.