CHAPITRE X
avons maintes lois gémi ensemble. Que le Seigneur te guide et te conduise ; qu'il dirige en toute bonté le cœur de Léon pour le disposer à faire tout ce qui servira la sainte Eglise et le rendre pour nous un bon père et un utile intercesseur, afin que le Seigneur Jésus -Christ nous fasse prospérer dans l'exécution de sa volonté et daigne conduire au repos éternel ce qui reste du cours de notre vie. Voyage heureusement, profite dans la vérité et reviens avec joie, mon petit Homère ^ »
Deux années s'écoulèrent après l'ambassade d'Angilbert, pendant lesquelles Charlemagne, tout occupé de ses expéditions de Saxe, de Pannonie et d'Espagne, dut laisser le nouveau pontife seul aux prises avec les difficultés de son gouvernement. La royauté élective des papes excitait toujours les mêmes convoitises dans la noblesse romaine, et la rivalité des factions déçues dans leurs espérances préparait des orages à chaque changement de règne. Une conspiration s'ourdit contre Léon parmi les fonctionnaires civils le plus en crédit sous Adrien, et qui regrettaient l'amoindrissement de leur influence. A la tète du complot se trouvaient deux neveux du dernier pape, le primicier Pascal et le sacellaire Campulus. Le but des mécontents était de se débarrasser du souverain pontife par un meurtre, et d'élever à sa place quelqu'un qui fût mieux disposé à satisfaire leur ambition. Le 25 avril 799, Léon, se rendant, suivant la coutume, aux grandes litanies de saint Marc, oli il devait officier pontifîcalement en l'éghse Saint -Georges, vit venir à lui Pascal et Campulus en habit laïque. « Ils se prosternèrent hypocritement devant lui, en disant: « Pardonnez -nous de « n'avoir point de chasubles ; nous sommes souffrants, et nous « ne pourrons peut-être assister à toute la cérémonie. « Léon agréa leur excuse et s'entretint familièrement avec eux, sans
1 On sait qu'Angilbert avait pris, dans rAcadéniie palatine, le surnom à'Homcre.
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soupçonner leur perfidie. Tout à coup, en face du monastère des Saints -Etienne -et -Sylvestre, une troupe de sicaires, embusquée dans le voisinage, fondit sur le cortège et renversa le pontife, que Pascal tenait par la tète et Gampulus par les pieds. Le peuple s'était enfui; les monstres foulèrent aux pieds l'auguste vieillard, le dépouillèrent de ses vêtements, lui crevèrent les yeux, lui arrachèrent la langue, le frappèrent à coups de bâtons, et le jetèrent baigné dans son sang devant l'autel des Saints- Etienne-et- Sylvestre. Léon vivait encore. Durant la nuit, Pascal, Gampulus et Maurus de Nepi, leur complice, le firent transporter par leurs satellites au monastère de Saint- Érasme et le jetèrent dans un cachot, à la porte duquel ils placèrent des gardes... Mais le cubiculaire Albinus , avec d'autres fidèles craignant Dieu , pénétra dans le monastère, ouvrit les portes de la prison, et, tous ensemble, ils conduisirent lo pontife dans la basilique Vaticane. Cependant les sicaires, maîtres de Rome, étaient dans la consternation ; leur triomphe ne les consolait pas. Ils vivaient dans une appréhension continuelle , se défiant les uns des autres et prêts à s'entr'égorger. Ne sachant rien trouver à faire de mieux, ils pillèrent et démolirent la maison du cubiculaire Albinus avec diverses autres propriétés appartenant à l'Eglise ou à des particuliers connus pour leur attachement au pape'. »
A la nouvelle de l'attentat, le duc frank de Spolète, Winigis , accourut à Rome avec sa petite armée , pourvut à la sécurité du pontife et l'emmena avec lui. Charlemagne allait quitter Aix-la-Chapelle pour rentrer dans la Saxe, qu'il voulait achever de dompter par un grand déploiement de forces, quand un courrier l'informa de la révolution romaine. Il ne put suspendre l'expédition projetée, pour laquelle il avait appelé des renforts des provinces les plus éloignées de
1 Extrait du Lib. Pontifie, d'Anastase, cité ap. Darras , IJisl. génér. de i Église, l.XVm, ch. i, n» 2.