CHAPITRE
lui avoir donné deux fds, avait pris le voile à Trêves. Enfin une occasion se présenta d'utiliser son dévouement à rÉgiise sans que le gouvernement de l'État, où il tenait une grande place, eût à souffrir de sa retraite. L'évêché de Melz étant venu à vaquer, il y fut élu.
Ni les circonstances ni la date exacte de cet événement ne sont connues. Quelques auteurs modernes prétendent que la promotion d'Arnulf à l'épiscopat fut postérieure à la révolution politique de 613^, qu'elle fut même le prix de sa collaboration au succès de Clotaire II, et, comme ils disent, sa part dans le butin de la victoire. Mais cette hypothèse, gratuitement défavorable à son caractère, est, en contradiction avec les données chronologiques qui résultent des plus anciens documents. Les Bollandistes^ établissent, au contraire, par de solides raisons, qu'il dut être sacré entre 610 et 612. Le nouvel évêque aurait ainsi, il est vrai, devancé un peu l'âge canonique de trente ans, fixé par les conciles du vi" siècle ; mais les exemples d'une semblable dérogation ne sont pas rares, et, pour n'en citer que quelques-uns parmi les plus illustres, Grégoire de Tours n'avait-il pas occupé son siège à vingt-neuf ans, et saint Rémi à vingt-deux?
C'est donc comme prélat qu'Arnulf prit part à la conjuration qui amena le renversement de Brunehilde. Les mœurs du temps ne le lui interdisaient pas. L'Eghse avait d'ailleurs, on l'a vu, un intérêt assez pressant à secouer le joug de la reine pour justifier, au point de vue politique, une telle intervention.
Dans cette entreprise où triomphèrent ensemble les deux aristocraties ecclésiastique et laïque, c'est Pépin qui dirigea et représenta plus particulièrement la puissance guerrière.
Les domaines soumis au patronage de Pépin équivalaient
1 Entre autres P erlz , Monumenta Germaniœ hislorica , t. I, Scripior.,p.o\6, note; et Warnkœnig et Gérard, Hisl. des Carol., t. I, p. li-0.
2 Acla SS., t. IV, Julii, p. 423.
presque à un royaume. Ils s'éLendaieiiL entre la Meuse et le Rhin, depuis la forêt Charbonnière, prolongement de celle des Ardennes, jusqu'à la frontière des Frisons, dans cette extrémité septentrionale de la Gaule qui correspond aux Etats modernes de la Belgique et de la Hollande, et qui avait été le théâtre du premier établissement des tribus saliennes. Avant le père de Pépin, Karlmann (Carloman), dont le nom seul nous est parvenu , l'histoire ne fait aucune mention de cette famille'. Mais on sait qu'elle jouissait déjà d'une autorité pi'incière, gagnée sans doute par son intrépidité à défendre la rive franke du Rhin contre les perpétuelles agressions des barbares, Saxons, Thuringiens et autres. Sa résidence ordinaire était aux environs de Liège, dans le pagus Hasbaniensis , que les Franks appelaient en leur langue Haspingow ou Hespengau. « Ce pays, qui avait pour limites le Demer, la Meuse et la Meliaigne, porte encore aujourd'hui, mais dans des limites plus restreintes, le nom de liesbaie-. » C'est là que se trouvait la célèbre villa de Landen, qui fut le lieu de sépulture du premier Pépin, et dont le nom est resté attaché au sien.
Au vn^ siècle, cette race de héros acquiert une nouvelle gloire. Non contente de protéger par l'épée la contrée qu'elle habite, elle entreprend l'œuvre bien plus difficile d'y faire éclore la civilisation chrétienne. Pépin de Landen, mari d'une sainte (sainte Itta) et inscrit lui-même par l'Eglise au rang des bienheureux , donna le signal d'un grand mouvement de propagande religieuse dans la liesbaie, qui ne devait aboutir à rien moins qu'à une transformation sociale de cette région. C'est lui qui fonda à Meldert, près de Hasselt, le premier monastère du pays, celui de Calfberg. Son exemple trouva de fervents imitateurs, surtout dans sa famille, qui, en l'espace de trois générations, fournit à l'iia-
1 Annal, mellens. ann. G87; D. Bouquet, t. II, p. 603, note b.
2 Warnkœnig et Gérard, Ilisl. des CaroL, I. 1, p. 99.