CHAPITRE I
giologie une longue série de personnages canonisés', où Ton ne compte pas moins de vingt-huit fondateurs ou bienfaiteurs d'abbayes.
L'enseignement religieux et moral n'était pas le seul bien apporté par ces communautés monastiques à la population franke. Leurs mœurs mêmes étaient une prédication utile et éloquente. Avec leur régime de vie sévèrement réglé et leur soumission à une discipline uniforme pour tous, ayant pour langue officielle le latin et appliquant aux travaux agricoles et aux arts mécaniques l'esprit de méthode et les procédés perfectionnés des sociétés plus civihsées, elles formaient autant de centres d'influence romane. Les protéger, favoriser leur extension , c'était aider à la fusion des éléments de la future nation française. Pépin de Landen est le premier qui ait réalisé ce progrès dans le bassin de la Meuse.
Tel était l'homme qui, associé à saint Arnulf, dirigea l'aristocratie austrasienne dans la crise qui suivit la mort de Théodebert.
Les chroniques contemporaines, à peu près dépourvues de détails sur la dernière phase du conflit de Bruneiiilde avec le parti des grands, ne nous en apprennent guère que le dénoûment tragique. Un an à peine après son triomphe, Théoderic mourait, emporté par la dyssenterie à l'âge de vingt-six ans, au moment d'écraser l'armée neustrienne sous les forces combinées des deux royaumes de l'Est et de rétablir à son profit, c'est-à-dire au profit de son ambitieuse aïeule, l'unité de la monarchie mérovingienne. Soudain tout changea de face : Bourguignons et Austrasiens, déjà rassemblés sous les mêmes drapeaux, se séparèrent. La mort du roi mettait fin à leur association passagère ; chacun des fidèles de Théoderic recouvrait le droit de choisir son chef parmi les autres membres de la famille royale. Or celte famille, décimée par
1 Cardinal Pitra, Hisl. de S. Léger, cite ap. Darras, Ifisl. générale de l'Eglise, l. XVI , p. 42.
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les batailles, la débauche et l'assassinat, n'avait plus qu'un représentant adulte capable de commander à des guerriers, et c'était justement Clotaire II , l'ennemi commun de la veille, Arnulf et Pépin, empressés de se dérober à la tyrannie de Brunehilde, moins préoccupés de rautonomie apparente que de l'indépendance réelle du royaume ripuaire, offrirent à Clotaire leur serment de fidélité ^ Leur exemple et sans doute aussi leurs conseils entraînèrent presque tous les autres chefs des comtés d'Austrasie.
Brunehilde dut fuir encore une fois cette terre fatale. L'édifice de sa fortune croulait de toutes parts. En vain essayât-elle de le relever en s'arrogeant la tutelle d'un nouveau roi mineur. Le fils aîné de Théoderic, Sigebert, enfant de onze ans, que, par une audacieuse violation des lois, elle éleva sur le pavois au détriment de ses frères et en se passant du suffrage des hommes libres, fut entraîné dans son désastre, sans lui procurer même un retour éphémère de pouvoir. Non reconnu par les Austrasiens , les leudes de Bourgogne ne se groupèrent autour de la bannière de cet enfant que pour trahir aussitôt sa cause et pour vendre plus chèrement leur soumission à Clotaire, en lui livrant l'aïeule et les fils de leur dernier roi. Dans le meurtre de ces captifs sans défense, ordonné par l'héritier de Frédégonde, aucune part de responsabilité ne peut raisonnablement être imputée aux chefs austrasiens, également étrangers à la trahison qui prépara la vengeance royale et aux calculs d'intérêt dynastique (^ui la firent exécuter.
Pépin, Arnulf et leurs principaux adhérents s'étaient, aussitôt après la mort de Théoderic, rendus au camp de Clotaire. Mais le but qu'ils poursuivaient n'était certes pas d'élever et d'affermir son pouvoir personnel sur les débris des autres trônes renversés. C'est moins en sujets qu'en afiiés indépendants, et môme en tuteurs, qu'ils avaient traité
1 Aimoini monachi Floriacens. lib. IV, ap. D. Bouquet, t. III, p. 116.