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CHAPITRE X

aux travaux et aux jeux des filles d'Hildegarde, elle avait, dans ses sept années de règne, effacé les mauvais souvenirs laissés par Fastrade. Mais aucun gage de cette union heureuse ne resta au puissant roi des Franks, et, bientôt oubliée comme les autres, Liutgarde devait, à quelques mois de là, être remplacée à son tour par une cinquième épouse, du nom de Mathalgarde'.

Ayant ainsi parcouru toutes les provinces de son gouvernement direct, puisque au delà de la Loire commençait le royaume d'Aquitaine , Charlemagne vint tenir, au milieu d'août, rassemblée nationale à Mayence, et l'informa de son projet de voyage en Italie. 11 sentait quelle rude tâche allait lui incomber, comme patrice, en présence de Teffervescence des esprits à Rome. Il eiît vivement souhaité d'avoir en cette circonstance auprès de lui un sage conseiller comme Alcuin, qui avait toujours inspiré sa politique avec autant de grandeur que de générosité. Mais en vain fit- il un nouvel appel à son vieux maître, le pressant de quitter « les toits enfumés de Tours pour les palais dorés des bords du Tibre ». Les infirmités mettaient l'illustre docteur hors d'état d'accomplir un tel voyage. Charles dut partir sans lui, emmenant une armée dont il partageait le commandement avec son fils Pépin.

Après un séjour d'une semaine à Ravenne, et pendant que Pépin marchait en force contre Rénévent , oii le duc Grimoald affectait l'indépendance, Charlemagne suivit sa route vers FEtat pontifical. 11 arriva le 23 novembre aux portes de la Ville éternelle. Le pape était venu au-devant de lui jusqu'à Nomentum (Montana), oi^i ils eurent ensemble une première conférence. Le lendemain, le glorieux patrice fit son entrée solennelle au milieu des cantiques et des hymnes d'allégresse ^ Mais il se déroba vite aux démonstrations de

I Eginh. Vila f{aroli Magni , cap. WMU •^ Eginh. Annal., ann. 800.

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la joie populaire pour se livrer tout entier à la méditation de l'œuvre de justice qui l'avait amené.

Le 1" décembre, il convoqua une assemblée générale des chefs de la cité, et somma les accusateurs du souverain pontife de prouver les imputations qu'ils avaient dirigées contre lui. Toute l'assistance n'eut qu'une voix pour protester de sa soumission au pape. « Nous ne sommes pas assez téméraires, s'écrièrent les prélats, pour nous constituer juges du siège apostolique, chef sacré de toutes les Eglises. C'est à lui qu'il appartient de nous juger tous, et lui n'est le justiciable de personne. » Plusieurs séances eurent lieu pour l'audition des témoins à charge, qui ne se présentèrent pas. Enfin Léon, tenant à la main le livre des Evangiles , monta à la chaire devant tout le peuple, et jura qu'il était innocent des crimes que ses ennemis lui avaient imputés '. Cette justification était inutile, et les émeutiers s'étaient condamnés eux-mêmes par leur silence. Charles avait ramené de France Campulus, Pascal et leurs complices, déférés à son tribunal patricial : leur perfidie était désormais éclatante ; ils n'essayèrent pas même de se disculper. Jugés selon la loi romaine, ils furent condamnés à mort. Mais le pape, ému de compassion, arrêta les rigueurs du bras séculier, et obtint que la peine capitale encourue par ses bourreaux fût commuée en un exil perpétuel \

La grande assemblée qui siégea durant la première quinzaine de décembre dans la basilique Vaticane pour l'instruction de cette affaire, ne bornait pas son rôle à celui d'un jury criminel. Elle préparait, de concert avec le souverain pontife, mais à l'insu du roi frank, un acte politique qui devait asseoir sur des bases solides et durables la paix si heureusement rendue à Rome et au monde chrétien. « Jus-

1 Anast. Lib. Pontifie., cilé ap. Darras, Ilist. génér. de l'Eglise, I. XVIII, cil. 1 , 11° T).

ti Id., ibid., Il" 8.

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