‹ CharlemagneChapitre 174 sur 236 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

tement en ces jours, dit la chronique de Moissac, une ambassade venue de Constantinople apporta la nouvelle que les Grecs avaient déposé leur empereur, et remis aux mains d'une femme le sceptre des Césars. On disait qu'Irène, nouvelle Athalie, après avoir fait crever les yeux à son propre fils, l'avait relégué dans un cloître pour régner à sa place. C'était donc la déchéance du titre d'empereur, tombé aux mains débiles d'une femme. Le pape Léon concerta avec les prélats et les patriciens de Rome les mesures à prendre en une telle occurrence. L'avis unanime fut que Charles, roi des Franks, devait être proclamé empereur. C'était lui, en effet, dont les armes et la puissance protégeaient Rome, la capitale de l'empire. En Italie, en Gaule, en Germanie, tout lui obéissait. Dieu lui-même, en donnant à Charles, pour la défense de son peuple contre les infidèles, un pouvoir sans précédent, indiquait ainsi sa volonté de faire revivre le titre impérial dans la personne de ce prince. Il paraissait juste que le nom fût attaché à la charge, et tel était le vœu de tout le peuple chrétien \ »

Ainsi se retrouvent de nouveau formulées en cour de Rome, et en des termes identiques, les mêmes considérations qui, un demi -siècle plus tôt, avaient fait élever au trône la dynastie carolingienne.

Charlemagne, dont les dispositions avaient sans doute été sondées discrètement et trouvées peu favorables à un tel changement, n'en connut pas la résolution définitive et les préparatifs. Le jour de Noël, en se rendant à la messe pontificale, il ne soupçonnait pas encore les desseins du pape à son égard, et il assura ensuite, au dire d'Éginhard, que, s'il en avait été instruit, il n'aurait pas paru à l'église, malgré la solennité de la fête. Or, peu d'instants après, pendant qu'il était prosterné en oraison devant la Confession de saint Pierre , le pape s'approcha de lui et lui mit une couronne

' Chron. Moissiac, ann. 800.

sur la tête, et une immense acclamation s'éleva de Ions les points de la basilique : « A Chaj-les Auguste, couronné par Dieu , grand et pacifique empereur, vie et victoire ! » « Puis, ajoute le chroniqueur, le pontife s'inclina devant hii, et il quitta le nom de patrice pour celui (V Em'pereur et (.Y Auguste^. »

1 Earinli. .Inna/., .uin.SOO.

Fifl. 54. — D'après une mosaïque latine du ix" siècle, citée el reproduile par Didron. {Iconographie chrétienne , p. 213.)

Fifj. 55. - Bibl. nationale Lai. 8850, f»' 11 et 13. (ix' siècle.)

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