‹ CharlemagneChapitre 175 sur 236 · SA FAMILLE ET SA COUR · texte numérisé non relu

SA FAMILLE ET SA COUR

Fio. 56. ~ Bible

de Charles le Chauve.

Bibl. nationale.

Lai. 1, f 367.

oLiTiQUEMENT, la cérémonic dont la basilique de Saint-Pierre fut témoin le jour de Noël de Tan 800 ne changeait rien à l'état de l'Europe. Elle ne fit que consacrer par un titre nouveau la situation à laquelle un demi -siècle de gouvernement et de victoires avait élevé la dynastie carolingienne. Dans l'esprit et dans la langue de la société romane , des deux côtés des Alpes, le pouvoir, tel que Charlemagne l'avait fait et l'exerçait, magistrature suprême réunissant la plénitude de l'autorité politique, militaire et judiciaire, ce genre de pouvoir avait un nom spécial et traditionnel : c'était ce que les an-

ciens Romains avaient appelé imperium. Au milieu de la confusion de l'ûge barbare et sous l'influence des idées chrétiennes, la conception antique de l'empire s'était idéalisée: à cinq siècles de distance, les peuples le comprenaient comme une institution tutélaire, gardienne de la paix des nations. Du reste, la manière dont la royauté s'était établie dans le monde moderne n'avait pas peu contribué à relever encore la supériorité idéale de l'empire. Les chefs des barbares, fondateurs de dynasties royales dans les contrées romanes, s'étaient partout présentés comme les lieutenants de l'empereur; ils s'étaient fait accréditer, en quelque sorte, par lui auprès de leurs nouveaux sujets , en lui demandant l'investiture de leurs conquêtes et leur admission dans la hiérarchie de ses officiers. Voilà pourquoi , au dire de la chronique de Moissac, citée plus haut, les peuples ne comprenaient plus que Charlemagne conservât le titre subalterne de roi, après avoir réuni sous son sceptre toutes les provinces, toutes les capitales de l'ancien empire. On trouvait raisonnable et même nécessaire que celui qui était le maître , Vempereur de plusieurs nations, prît aussi le nom de César et d'Augtiste. Déjà les lettrés, interprèles fidèles de l'opinion publique , s'étaient habitués à désigner par le seul mot qui , dans la langue littéraire, en exprimât toute l'étendue, la domination du grand roi frank. En 799, avant le voyage de Charles à Rome , Alcuin terminait une épître adressée à son disciple couronné par ce souhait qui ne visait point, à coup sûr, un changement dans la constitution politique de l'Europe : « Que Dieu, dans sa clémence, te donne le salut et un empire glorieux ' ! » La pensée qui inspirait ces vers était la même qui faisait dire à un autre poëte de l'académie pala-

1 Del libi perpetuam clemens in sœcla salutem Et decus imperii , David amate, Deus.

Alcuin. Episl. LXXXIV. — David élail le surnom de Charlemagne dans TAcadémie palaline.

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