CHAPITRE XI
suivent : « Le sérénissime et très-chréiien empereur Charles ordonne :
« ... II. Que tout homme de son royaume, clerc ou laïque, chacun selon sa profession, qui lui aurait précédemment juré fidélité à titre de roi, lui fasse maintenant hommage à titre de César. Ceux qui n'auraient encore fait aucune promesse y seront obligés à partir de Tâge de douze ans. Et qu'on publie, de manière h ce que chacun le comprenne bien , quelle est la grandeur de ce serment et tout ce qu'il embrasse. Car il ne faut point croire, comme plusieurs l'ont pensé jusqu'ici, que la fidélité due au seigneur empereur consiste seulement à ne pas attenter à sa vie, à ne pas introduire l'ennemi dans ses Etats et à ne se rendre complice d'aucune infidélité, soit en y consentant, soit en ne la dénonçant point. Mais que tous sachent quelles sont les conséquences du serment prêté. Les voici :
« III. Que chacun veille à se conserver dans le service de Dieu, selon son inteUigence et selon ses forces; car le seigneur empereur ne peut pas s'occuper de la conduite de chacun en particulier...
« V. Que nul n'ose faire aucune violence, aucune fraude, aucun tort aux saintes églises de Dieu , aux veuves , aux orphelins ni à ceux qui sont en pèlerinage ; car le seigneur empereur est établi pour être, après Dieu et les saints, leur gardien et leur défenseur .. . ' »
Quand Charlemagne fut proclamé empereur , il y avait trente et un ans qu'il gouvernait la plus vaste monarchie du monde ; il y en avait quarante - six qu'il portait les armes
' Capilulare Aquense , 802; ap. D. Bouquet, I. V, p. 658.
pour la défense de l'Eglise et le progrès de la civilisation. Déjà au seuil de la vieillesse et près d'atteindre sa cinquanteneuvième année, ni la vigueur do !son corps ni celle de son génie n'avaient fléchi un instant au milieu de l'activité dévorante dont le récit de ses travaux politiques et militaires nous a montré le tableau. Voici son portrait tel que nous l'a transmis son secrétaire Eginhard : « Il était gros, robuste, d'une taille élevée, mais bien proportionnée, car elle n'avait pas plus de sept fois la longueur de son pied. Il avait le sommet de la tête arrondi , les yeux grands et vifs , le nez un peu long, une belle chevelure blanche, une physionomie avenante et agréable. Aussi rcspirait-il dans toute sa personne, soit qu'il fût assis ou debout, un air de grandeur et de dignité; et quoiqu'il eiit le cou gros et court et le ventre proéminent, la juste proportion du reste de ses membres cachait ces défauts. Sa démarche était ferme, et tout son extérieur présentait quelque chose de mâle : seulement la voix, toute claire qu'elle était, paraissait trop grêle pour sa taille ^ »
Ce portrait, dont la source garantit l'authenticité, n'est pas précisément celui du Gharlemagne légendaire, haut de huit pieds, au teint brun et roux, au front et à la face gigantesques, bizarre produit de l'imagination du faux Turpin, popularisé par les trouvères qu'il a inspirés. On n'y voit pas, notamment, cette barbe « griffaine et fleurie » , que la tradition poétique a inspirée à l'iconographie sérieuse, malgré le témoignage des monuments contemporains; car la mosaïque du Vatican, exécutée en 796, nous représente le héros à l'âge de cinquante -quatre ans, avec un menton rasé, et portant seulement de longues moustaches, à la manière des Franks du temps de la conquête.
Le costume national des Franks était également celui qu'il préféra toute sa vie. Bien différent des rois mérovin-
1 Eginh. Vila Karoli Magni, cap. xxii.