‹ CharlemagneChapitre 179 sur 236 · CHAPITRE XI 3(il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI 3(il

chasse au sérieux, et chacun sentait l'intérêt qu'il avait à faire preuve de courage et d'adresse devant le maître. Au retour, Gharlemagne, poursuivant froidement ce jeu ironique, les retint à passer la soirée au palais, et les fit approcher d'un grand feu sans quitter leurs vêtements, disant qu'ils sécheraient mieux sur leur corps. La soie, les broderies, les ornements de plumes, plissés et tirés par la chaleur, craquaient de toutes parts quand ils allèrent se déshabiller. Pour comble, le roi leur avait dit de revenir le lendemain dans le même costume. Ils parurent à ce rendez-vous tout honteux et dans le plus ridicule équipage. Charles prit le justaucorps de peau de brebis qui l'avait couvert la veille, et dit au serviteur de sa chambre : « Va-t'en frotter dans tes mains notre habit de chasse, et rapporte-le vite. » Montrant alors à ses invités ce vêtement encore solide et propre : « Insensés , s'écria-t-il , quel est maintenant le plus précieux et le plus utile de nos habits? Est-ce le mien que je n'ai acheté qu'un sou, ou les vôtres qui vous ont coûté des livres pesant d'argent^? »

La leçon avait été dure. Produisit-elle son effet ? Il est bien permis d'en douter. Les hommes ont un maître plus tyrannique et mieux obéi que ne le fut jamais Gharlemagne : c'est l'orgueil.

La chasse , la grande chasse à cheval , image de la guerre, était son passe -temps favori. Du reste, son activité prodigieuse avait besoin de se dépenser en toutes sortes d'exercices violents, et il se reposait de la chasse par la natation, « où, dit Eginhard , personne ne le surpassa jamais. » 11 ne dédaignait pas plus ce genre de supériorité qu'aucun autre, et il aimait à en avoir de nombreux témoins. Il invitait non-seulement ses fils, mais ses gardes et ses courtisans, à partager son divertissement, que l'hivei" même n'interrompait pas. Car, lorsque les eaux du Rhin

I Monach. Sangall., de Gestis Caroli Mngni.

étaient trop refroidies, il allait se plonger dans les sources thermales. C'est la fontaine minérale d'Aix-la-Ciiapelle qui valut à cette ville les préférences du grand roi et sa splendeur éphémère de capitale de l'Occident, et non pas sa situation stratégique , qui n'était en rien préférable à celle des autres vieilles cités rhénanes, telles que Trêves, Cologne, Mayence, etc.

Du reste, il n'était pas dans les mœurs du temps, ni dans les goûts de Charlemagne , de faire d'une résidence particulière et fixe le siège du gouvernement et le séjour de la famille royale. Sa cour, si l'on peut déjà donner ce nom à l'ensemble des services palatins, et sa famille même le suivaient partout. Il avait conservé de la tradition des peuples barbares, voués aux migrations perpétuelles, cette habitude de conduire femme et enfants à sa suite, en tous lieux, à travers les pays conquis et sur les champs de bataille. Qu'il campe devant Pavic bloquée, qu'il hiverne à Paderborn, sous les neiges de la Saxe, il ne peut se passer.de se retrouver chaque jour dans ce cercle de famille, qu'il adorait. On ne saurait croire quelle large place la vie de famille et les soins domestiques occupaient dans l'existence, toujours empreinte d'une noble simphcité, de ce conquérant et de ce législateur du monde. Au sortir des mœurs païennes que les derniers Mérovingiens avaient fait revivre dans leurs palais, Charlemagne rendit à la femme, au foyer domestique et à la tète du gouvernement de la maison, la place d'honneur que la religion lui assigne.

On sait de quelles attentions respectueuses il entourait sa mère. Même après qu'il se vit obligé de décliner sa tutelle politique, il lui conserva sa grande situation de reine, et la maison princière de Bertrade égalait presque en éclat celle de son puissant fils. Les épouses de Charles furent ses compagnes dans le sens chrétien du mot. Associées, avec trop peu de ménagement, il est vrai, aux fatigues militaires du héros, elles présidaient aussi avec lui les fêtes où il célébrait

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