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CHAPITRE XI

ses triomphes, et les plus solennelles cérémonies politiques. Les chroniqueurs signalent leur présence partout, dans les revues militaires, dans les assemblées nationales, dans les réceptions d'ambassadeurs étrangers. On voit souvent leur nom figurer au bas des actes de la chancellerie, et un capitulaire place sous les ordres de la reine les intendants du domaine royal '.

On a critiqué, et à bon droit, le nombre de ces reines. On n'en compte pas moins de neuf. Mais un blâme bien plus grave, s'il était justifié, s'attache à la nature des liens que Charlemagne contracta avec quelques-unes d'entre elles. Certes , il est impossible de fournir des preuves à l'appui de la validité de ces neuf mariages; mais l'affirmation opposée est au moins aussi téméraire. Eginhard , dont le témoignage , à coup sûr très -considérable, est toujours cité sur ce point, qualifie positivement de concubines quatre des femmes de son maître. Mais il place dans le nombre Himiltrude, mère de Pépin le Bossu et de Rothaïde. Or, la naissance de Pépin se rapportant à une époque où le pape Etienne III déclarait Charles valablement marié aux yeux de l'Eglise, on a expliqué plus haut comment il est raisonnable d'admettre qu'IIimiltrude était cette première épouse légitime dont la lettre pontificale tait le nom. Himiltrude, dans ce cas, eût été victime d'un préjugé conforme à fancien droit des Franks, qui établissait la légitimité des épouses d'après leur extraction et qui, peu soucieux du principe de la monogamie, ne considérait comme légitime que la femme d'une condition égale à celle du mari : la seule, en effet, à qui la rehgion d'Odin permettait le mariage solennel. Si Charlemagne, dans l'adolescence et avant d'avoir recueilli la monarchie paternelle, n'avait épousé qu'une femme d'une condition relativement inférieure, combien plus de raisons devaient le déterminer à une semblable conduite quand, devenu empe-

1 Capilul. de Villis, Baluze, t. I, p. 331.

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reur, mais déjà entré dans la vieillesse, il se maria encore quatre fois, après la mort de Liutgarde, avec Mathalgarde, Gerswinde, Regina et Adelinde, qui devaient toutes lui donner des enfants : la première, une fdle, Rothilde ; la seconde, une fille aussi , Adeltrude ; les deux dernières , des fils : Regina, Drogo et Hugo; Adelinde, Théoderic'. Il faudrait des preuves, que l'on n'a pas encore produites, pour enlever le caractère licite à ces unions vraisemblablement morganatiques.

Quoi qu'il en soit de cette question délicate, des cinq enfants nés pendant l'empire il en est deux dont l'histoire ne nous a conservé que les noms : la fille de Gerswinde et le fils d'Adelinde. Les trois autres se consacrèrent à la vie religieuse sous le règne de leur frère Louis le Pieux.

Nous avons vu les trois aînés des princes royaux associés dès l'enfance aux expéditions et même au gouvernement de leur père. Quant à ses filles , Charles leur fit donner une éducation à la fois romaine et franke. Elevées avec leurs frères à l'école palatine, elles avaient des maîtres de grammaire, d'astronomie et de chant, et parcoururent, en la plus docte compagnie du temps, le cercle entier des études libérales. Mais on avait pris soin aussi de les former aux arts domestiques, et elles maniaient avec autant d'activité que d'adresse l'aiguille et le fuseau. A l'époque du couronnement impérial , les trois filles d'Ilildegarde , Rothrude , Bertrade et Gisèle , étaient dans tout l'épanouissement de leur beauté; Rothaïde , fille d'IIimiltrude, qui vivait avec elles, atteignait déjà l'âge mûr; et elles avaient encore deux sœurs adolescentes , Théodrade et Ililtrude , filles de Fastrade. Les poëtes de la cour ont célébré à l'cnvi cette belle famille.

L'un d'eux nous la montre dans une des grandes chasses dont la forêt d'Ardenne, qui s'étendait alors jusqu'aux

1 Eginh. Vila Karoli Magni , cay. wiii.

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